Toute l'actualité S'abonner : Web | Journal | mobile PDF RSS
 
Presse regionale
 
 

Edition Abonnés - Fait du Jour

 
 

« A partir de quarante-cinq ans, c’est très risqué »

PROFESSEUR FRANÇOIS OLIVENNES, gynécologue-obstétricien, spécialiste des traitements de l’infertilité*

Propos recueillis par Laure Pelé | 04.09.2008, 07h00
 

Des triplés à 59 ans… Il n’y a plus d’âge pour faire un bébé ?

François Olivennes. Techniquement, non. On peut implanter un embryon fabriqué à partir d’un ovocyte jeune dans n’importe quel utérus et en particulier dans un utérus d’une femme ménopausée et même ultraménopausée.

Cette technique du don d’ovocyte, inventée pour des femmes jeunes qui avaient des problèmes d’ovaires à la suite d’un cancer, abolit la limite du temps…

Comment ça marche ?

La receveuse reçoit un traitement hormonal permettant de préparer la nidation de l’embryon. La donneuse, elle, subit un traitement de stimulation ovarienne similaire à celui d’une fécondation in vitro. Les ovocytes sont ponctionnés chez la donneuse puis fécondés in vitro avec des spermatozoïdes. Les embryons ainsi obtenus sont replacés ensuite dans l’utérus de la receveuse.

Qu’est-ce qui régit l’utilisation du don d’ovocyte ?

La loi de bioéthique de 1994 qui dit seulement que le don d’ovocyte concerne « les femmes en âge de procréer ». Les médecins ont donc jugé que ce n’était pas raisonnable d’utiliser cette technique chez des femmes qui dépassent 43 ans, un âge où peu de femmes tombent naturellement enceintes. En France, tous les centres limitent donc l’âge des receveuses entre 38 et 43 ans. Pas un médecin français ne prend une patiente de plus de 43 ans pour un don d’ovocyte.

« Prématurité, handicap… »

Et pourtant 43 ans, ce n’est pas si vieux !

Non, pas dans la vie de tous les jours. Des femmes de 40 à 46 ans qui veulent un bébé, et qui se sentent en pleine forme, j’en vois toutes les semaines ! Mais physiologiquement, c’est vieux. Il faut que les femmes sachent qu’à partir de quarante-cinq ans, on s’engage dans quelque chose de très risqué non seulement pour elles, mais aussi pour l’enfant. Hypotrophie foetale, prématurité, handicap… Et puis, il faut imaginer une femme de 50 ans ou plus s’occuper de triplés. A 30 ans, c’est épuisant, alors à 50 ans, c’est délirant !

A l’étranger, les médecins ne semblent pas s’embarrasser de ces règles éthiques…

Oui et c’est dramatique. Car les femmes se mettent en danger. Elles se débrouillent toutes seules en cherchant sur Internet et tombent dans des filières du don. Rendez-vous compte qu’elles peuvent se faire implanter trois ou quatre embryons sans avoir jamais eu aucun contact médical ! Or, à ces âges, si une grossesse est possible, elle est aussi plus compliquée avec 40 % de problèmes cardiovasculaires et des taux de complications très élevés au moment de l’accouchement…

Que recommandez-vous à ces femmes qui veulent un bébé à cet âge où leurs mères étaient grand-mères…

Au-delà de 43 ans, il ne faut pas partir à l’aventure sans s’informer des risques. Et absolument voir au préalable un médecin qui établira un bilan cardiovasculaire. Il faut aussi tout faire pour avoir une grossesse unique car les grossesses multiples augmentent extraordinairement les complications ! S’il m’arrive de conseiller et d’aiguiller certaines de ces femmes, j’essaie en revanche de tout faire pour les dissuader passé 48 ans. C’est trop risqué.

* « N’attendez pas trop longtemps pour avoir un enfant », chez Odile Jacob, mars 2008, 23 €.

Le Parisien

 
Tous les articles de la rubrique
 
 
 
Sites du Groupe Amaury