Les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de la zone euro* se sont comme prévu retrouvés dimanche à 17 heures au palais de l'Elysée pour un sommet extraordinaire destiné à prendre des mesures décisives face à la crise financière. Quelques heures seulement avant la réouverture des marchés, les dirigeants européens vont tenter d'élaborer une stratégie commune.
«J'attends un plan ambitieux, coordonné qui apporte des solutions», a déclaré Nicolas Sarkozy, président en exercice de l'Union européenne, peu avant le début de la réunion. «Cette réunion a pour but de décider d'une action coordonnée commune pour la zone euro, pour que dans les prochains jours chaque pays puisse mettre en place des mesures qui stabilisent les marchés financiers et qui ne discriminent pas (certains pays)», a déclaré de son côté la chancelière allemande, Angela Merkel.
Nationalisations partielles et garanties des prêts entre banques : les dirigeants des pays de la zone euro pourraient paradoxalement s'inspirer du plan mis en place en Grande-Bretagne, le pays le plus réfractaire à la monnaie unique. «Ce qu'a fait la Grande-Bretagne fait beaucoup de sens et nous devons tenir compte de leur expérience», a déclaré le chancelier autrichien Alfred Gusenbauer à son arrivée.
Le Premier ministre britannique Gordon Brown a été reçu à l'Elysée par Nicolas Sarkozy vers 15 h 30, avant le début du sommet de l'eurogroupe. «Je vais à Paris pour persuader les autres pays européens d'adopter l'approche globale que nous avons prise en Grande-Bretagne», a expliqué le dirigeant britannique. Gordon Brown devait rester une demi-heure avec ses homologues pour leur présenter le plan britannique.
Le modèle britannique
Le plan mis en place par Londres prévoit une action résolue de la Banque d'Angleterre pour injecter des liquidités et une dotation de 50 milliards de livres (62,5 milliards d'euros) d'argent public pour entrer dans le capital des banques les plus faibles.
Mais il prévoit surtout une enveloppe de 250 milliards de livres (315 milliards d'euros) pour garantir les échanges entre banques. C'est le coeur du problème. Par peur des faillites, les banques ne se prêtent plus entre elles et rechignent donc à faire crédit aux entreprises et aux ménages, menaçant l'ensemble du système économique et financier.
Le sommet d'aujourd'hui est d'autant plus crucial que le communiqué adopté pendant le week-end à Washington par les ministres des Finances du G7 s'apparente davantage à une déclaration de principe qu'à un véritable plan d'action. Il s'agit de «mettre du muscle sur le squelette» que constitue la déclaration du G7, a dit Christine Lagarde.
Berlin pourrait se rallier à une réponse coordonnée
Après avoir joué le chacun pour soi, la chancelière allemande, Angela Merkel, semble s'être ralliée à l'idée d'une réponse coordonnée. Selon la presse allemande, elle serait en train de travailler à un plan de sauvetage du secteur bancaire sur le modèle britannique.
La France et l'Allemagne sont «sur une voie commune pour mettre en place une réaction concertée et cohérente de la zone euro à la crise financière internationale», a-t-elle déclaré samedi lors d'une rencontre avec Nicolas Sarkozy, mettant fin à une séquence de divisions du couple franco-allemand.
Plusieurs centaines de milliards d'euros seraient consacrés à un système de garantie des échanges interbancaires et au renflouement des banques en difficulté. Angela Merkel pourrait l'annoncer à Paris, dès la fin du sommet de l'Eurogroupe.
Chaque pays européen dégagerait ainsi des ressources pour soutenir le secteur bancaire, selon des modalités communes à toute l'Europe.
Pour Berlin, cette réaction concertée ne saurait prendre la forme d'un fonds européen de sauvetage des banques. Nicolas Sarkozy en a donné acte samedi à la chancelière, estimant qu'une telle option n'était pas adaptée aux décisions urgentes.
«Quand il faut décider entre 4h30 et 7 heures du matin (du sauvetage d'une banque) si on doit réunir tous les partenaires membres de ce fonds, on n'y arriverait pas, voilà pourquoi jamais nous n'avons proposé un tel fonds», a-t-il dit.
* Quinze pays sont membres de la zone euro : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, la Finlande, la France, la Grèce, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal, la Slovénie, Chypre et Malte.
Leparisien.fr avec AFP











