C’EST avant tout pour rassurer que Nicolas Sarkozy est venu hier aux chantiers navals de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Rassurer les quelque 3 000 salariés inquiets d’un éventuel « pillage du savoir-faire », selon les termes de la CGT, depuis que, fin août, le géant coréen STX a pris le contrôle de l’actionnaire majoritaire du site, le norvégien Aker Yards.
Une minorité de blocage. Devant quelque 300 ouvriers réunis dans l’immense salle des fêtes d’un paquebot en cours de finition, il a surtout annoncé le rachat par l’Etat à STX de 9 % du capital des chantiers navals, suivi, dans un deuxième temps, des 25 % que possède encore le français Alstom. Un total de 34 % qui donnera à l’Etat une minorité de blocage. « Parce que nous voulons être associés à toute décision stratégique et parce que nous voulons garder le savoir-faire des chantiers navals », a justifié le président, pour qui c’est là « un engagement fort ». Preuve de son intérêt pour le dossier, pour s’immiscer dans le capital privé des Chantiers de l’Atlantique (qui comprend aussi le site breton de Lorient), il s’est servi « pour la première fois du décret sur les activités stratégiques », publié sous le gouvernement Villepin.
Engagement à ne pas délocaliser. Les syndicats, qui parlent de risques de pillage, ont été invités à venir à Bercy voir l’accord signé avec le coréen : « Il comprend un engagement à ne pas délocaliser et à ne pas concurrencer les Chantiers de l’Atlantique. » Et pour lever les doutes sur sa capacité à défendre l’industrie française, Nicolas Sarkozy a rappelé que, contre l’avis général de l’époque et alors qu’il était ministre des Finances, « j’ai sauvé Alstom que la France voulait vendre à Siemens en rachetant 22 % du capital ». Pas un mot en revanche sur son échec avec ArcelorMittal, à Gandrange.
Les salariés partagés. Le président a-t-il convaincu ? Pas la CGT, dont le délégué, Joël Cadoret, l’a rencontré avant son discours : « Il veut rassurer mais il ne lève pas les inquiétudes sur le transfert de savoir-faire à terme. L’Etat met un premier pied dans l’entreprise, nous attendons qu’il en mette un second.» Menuisier, Daniel est, lui, plutôt satisfait : « On attendait un signe de l’Etat, 34 % du capital, c’est pas mal. » Mais certains restent perplexes, comme cet ouvrier qui interpelle le président sur le départ : « C’est des promesses tout ça, toujours des promesses, on veut des actes. » Les cadres, enfin, semblent satisfaits, à l’instar d’Erwan pour qui « la cohabitation entre STX et l’Etat français devrait apporter une stabilité dont l’entreprise a bien besoin ».
Le président parti, les ouvriers du chantier ont repris leur travail de fourmi. Ici, les carnets de commandes de paquebots sont pleins pour trois ans.
Le Parisien










