«AH ! Ça me fait plaisir de te voir ! Je te sers un p’tit quelque chose ? » Dans les allées de la foire de Corbeil, ça se passe comme ça : les commerçants sont d’abord heureux de se retrouver entre eux.
« Au fur et à mesure des années, on est devenus amis », explique Bernard Bal, qui vend des portails depuis vingt-huit ans.
Nicolas Bouchet, producteur de vin à Montlouis-sur-Loire, vient à la Foire de Corbeil « depuis toujours ». Son père a fait la première, en 1949. Alors quand on évoque les souvenirs, les anecdotes se bousculent. Sa faconde fait le reste. « Je me souviens d’une année, un matin mon père était en retard. Eh bien, les bénévoles de l’époque lui ont gardé sa place de parking pendant deux heures ! C’était comme ça… »
Tous se souviennent de l’époque où les stands étaient encore en bois, où les exposants et les produits étaient mélangés dans un joyeux bric-à-brac. Et des soirées qui se prolongeaient jusqu’à 1 heure du matin, voire au-delà, quand les commerçants se retrouvaient pour bringuer.
« Ici, le produit, il cause »
Et même si, près de six décennies plus tard, les vendeurs de meubles ont peu à peu remplacé les artisans même si cette année les vendeurs de fenêtres ont été limités , l’esprit foire est toujours présent, notamment grâce à la fidélité des clients. « Certains sont revenus trente ans plus tard avec leurs enfants pour leur faire acheter un portail chez moi, ça m’a touché », s’émeut Bernard Bal.
« Des retraités m’ont dit une fois qu’ils avaient acheté le vin de leur mariage à mon père ! sourit Nicolas Bouchet. Les gens continuent à venir, car c’est bien plus qu’un acte d’achat, analyse l’exploitant en vin. C’est un lieu de rencontre et de plaisir. Ici, le produit, il cause. Une bouteille dans un linéaire, elle ne vous dira rien. A la foire, vous aurez le producteur sur place, vous goûterez en sa compagnie… A l’heure où on peut même acheter son kilo de patates sur Internet, les gens apprécient vraiment. »
Le Parisien











