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DETENTION.

Inquiétante vague de suicides de mineurs en prison

Alors que la ministre de la Justice, Rachida Dati, annonçait hier des mesures pour tenter de prévenir les suicides de mineurs en prison, un autre jeune a été retrouvé pendu dans sa cellule de la maison d’arrêt de Strasbourg.

Valérie Mahaut | 10.10.2008, 07h00
 

LA LISTE des jeunes détenus retrouvés pendus dans leur cellule ne cesse de s’allonger. Jeu idiot, tentative de chantage ou véritable désespoir ? Difficile à dire mais une chose est sûre : « On n’a jamais été confrontés à un tel phénomène », observe Carlo di Egidio, secrétaire régional du syndicat CGT pénitentiaire.



Hier, la garde des Sceaux, Rachida Dati, achevait à peine sa visite à la prison de Metz-Queuleu, où elle annonçait des mesures destinées à prévenir les suicides de mineurs, après la mort d’un adolescent lundi soir, qu’un autre drame survenait dans la maison d’arrêt voisine, à Strasbourg (Bas-Rhin). Nordine B., 16 ans, s’est pendu en début d’après-midi. Il était toujours entre la vie et la mort en début de soirée.

Lundi soir, c’est Nabil L., 16 ans lui aussi, qui était retrouvé au bout d’une corde confectionnée avec un drap, dans sa geôle de la maison d’arrêt de Metz-Queuleu (Moselle). Les deux adolescents se connaissaient car jusqu’à lundi matin, tous deux étaient incarcérés au quartier des mineurs de Metz, cette prison érigée en modèle par le ministère de la Justice. Et si Nordine a été transféré à Strasbourg lundi, c’est parce qu’il venait justement de se pendre. Le week-end dernier, les surveillants l’ont décroché in extremis.

Pourtant Nabil n’était pas dépressif

Des surveillants ont à peine été surpris par le geste de Nordine car, quelques jours avant lui, deux autres de ses camarades de détention s’étaient déjà pendus. Là encore, les adolescents ont pu être sauvés. Ce ne fut pas le cas de Nabil lundi. En proie à une certaine « anxiété » constatée lors de son incarcération, le 2 octobre, Nabil n’était pas dépressif pour autant. « Aucun élément de fragilité, aucune tendance suicidaire n’avaient été relevés à son arrivée en prison », a assuré la garde des sceaux. Le corps médical a néanmoins préconisé qu’il soit enfermé avec un codétenu. Ce fut le cas quelques jours durant, avant qu’il se retrouve seul. Lundi, le jeune homme exige de changer de cellule. Ses compagnons de détention lui auraient alors « conseillé » de « s’accrocher » pour attirer l’attention et voir son désir satisfait. Le stratagème semble avoir fonctionné quelques jours plus tôt. Un adolescent a accédé à la télévision après s’être pendu. Un autre a obtenu de quitter le mitard pour réintégrer sa cellule après le même geste. Nabil aurait-il été influencé ? Voire encouragé par ses camarades ? « Il pensait obtenir ce qu’il voulait en s’accrochant », croit savoir Céline Verzeletti, secrétaire générale de la CGT pénitentiaire. « Et ce n’est pas toujours évident de ne pas céder après un tel geste », confie Carlo di Egidio, plutôt enclin à penser que Nabil ne voulait pas se tuer. Décrit comme un « leader », ce jeune homme venait d’être condamné à six mois de prison ferme pour trafic de stupéfiants et conduite sans permis. De foyers en centres éducatifs renforcés ou fermés, l’adolescent était en délicatesse avec la justice depuis près de deux ans. Comme Nordine, le garçon retrouvé pendu hier était connu pour une vingtaine d’affaires et familier de la prison depuis décembre 2006.

Depuis le début de l’année, quatre-vingt sept détenus de tous les âges se sont donné la mort en France. Pour tenter d’endiguer la récente série de pendaisons chez les jeunes et parce que la prévention de ces suicides constitue une « priorité » du ministère de la Justice, Rachida Dati a annoncé deux mesures hier, lors de son déplacement à Metz-Queuleu hier matin. Une « grille d’évaluation des risques suicidaires spécifique aux mineurs » est actuellement élaborée par les ministères de la Justice et de la Santé. Par ailleurs, tout mineur incarcéré sera désormais présenté à un magistrat du parquet avant d’être conduit en cellule. Le décret fixant cette nouvelle règle devrait être promulgué la semaine prochaine.

Le Parisien

 
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