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INTERVIEW.

« La femme qui a fait naître Mohamed me l’a donné »

Fatma, 34 ans, soutient aujourd’hui que la mère biologique de Mohamed, « l’enfant perdu de Marseille », lui a confié ce jeune garçon à sa naissance en Algérie : « Je me suis toujours occupée de lui. Je veux le récupérer, c’est mon fils. »

Propos recueillis par Valérie Mahaut | 07.09.2008, 07h00
 

FATMA, la prétendue mère du petit Mohamed, sort de sa réserve. Alors que les analyses génétiques viennent de confirmer qu’elle est la mère des quatre autres enfants vivant avec elle en France, cette femme de 34 ans réclame maintenant qu’on lui rende Mohamed, ce petit de 2 ans et demi retrouvé errant dans la cité Fonscolombes, à Marseille, le 5 août dernier.

Un test ADN ayant révélé qu’elle n’est pas la mère biologique du garçonnet, Fatma est mise en examen pour « simulation d’enfant ».

Tandis que les enquêteurs de la brigade des mineurs exploitent, entre autres, la piste d’un éventuel « trafic d’allocations familiales », Valérie Picard, l’avocate de Fatma, entend « réhabiliter » sa cliente, victime d’un « concours de circonstances qui l’ont complètement discréditée ». Pour se voir attribuer la garde de Mohamed, placé en foyer, Fatma doit prouver que la mère biologique lui a confié le garçon. Elle affirme avoir adopté l’enfant selon la procédure algérienne de la « kefala ». « La kefala est une délégation d’autorité parentale », explique son avocate. Une procédure sans valeur juridique en France. « Pour que Fatma retrouve Mohamed, il faudra engager une procédure d’adoption », indique Valérie Picard, mais aussi satisfaire aux exigences de l’enquête sociale diligentée par un juge des enfants de Marseille. Fatma veut y croire.

Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

Fatma.
Ça va, je suis soulagée. Le juge m’a rendu mes quatre enfants. Maintenant ils sont avec moi, alors ça va beaucoup mieux. Mais je veux aussi récupérer Mohamed, c’est mon fils.

Pourquoi la justice s’y oppose-t-elle ?

Il faut que j’apporte les papiers de la kefala. Mais je ne les ai pas ici avec moi. Ils sont en Algérie et ma soeur s’occupe de récupérer les documents aujourd’hui (NDLR : samedi) . Quand elle aura le papier, elle me l’enverra et je le donnerai au juge. Comme ça je pourrai récupérer Mohamed.

« Il est malade de naissance »

Pourquoi dites-vous qu’il est votre fils ?


C’est moi qui lui ai donné son premier biberon. C’est moi qui me suis toujours occupée de lui, je l’ai soigné, l’ai amené chez le docteur, j’ai acheté ses vêtements, et du lait très cher parce qu’il n’aime pas n’importe quel lait. C’est moi sa vraie mère et la femme qui l’a fait naître me l’a donné avec la kefala.

Qui est-elle ?

Elle s’appelle Assia mais je ne la connais pas. C’est par une voisine qui la connaît, dans notre village à Ain Temouchent, que j’ai su qu’elle allait donner naissance à ce petit. La voisine savait qu’Assia ne voulait pas garder l’enfant parce qu’elle est pauvre. L’enfant est né malade et elle n’avait pas d’argent pour s’en occuper. Elle a beaucoup de problèmes et aussi, elle n’avait pas de papa pour lui. Et mon fils voulait un petit frère.

De quoi l’enfant souffre-t-il ?

Il est malade de naissance, je ne sais pas le nom de la maladie.

Pourquoi avoir menti à la police à votre retour d’Algérie, le 17 août ?

J’ai dit que j’étais sa mère parce que je suis sa vraie mère. Je ne voulais pas dire qu’il était adopté parce que je n’ai pas de papiers pour lui. Je ne voulais pas répondre à la police de peur qu’on m’enlève l’enfant.

N’avez-vous jamais fait de démarches ?

Quand je l’ai ramené en France (il avait 7 ou 8 mois), je suis allée à la préfecture pour demander des papiers pour lui. On n’a pas voulu m’en donner et on m’a dit de retourner avec lui en Algérie pour demander ensuite le regroupement familial. Mais, j’avais peur de ne jamais le récupérer si je le ramenais en Algérie.

« Je n’ai jamais eu un centime pour lui »

Vous aviez pourtant fait le voyage une fois ?

Oui, il était tout petit et je le tenais dans mes bras, on ne m’a rien demandé. C’est pour ça aussi que je suis partie sans lui en Algérie en juillet. Sans papiers, ce n’était pas possible.

Comment avez-vous appris qu’il errait seul dans la cité ?

Ma cousine, Khaldia, m’a téléphoné quand j’étais en Algérie. Elle avait vu le journal et les affiches. Elle m’a dit que la police cherchait la mère de Mohamed alors je suis revenue. Je ne savais pas que la nounou l’avait perdu.

N’aviez-vous pas pris de ses nouvelles ?

J’ai téléphoné plusieurs fois à cette fille qui gardait Mohamed. J’avais confiance en elle. Je connais toute sa famille en France et en Algérie. Elle disait toujours que Mohamed était en train de dormir ou de jouer. Jamais elle ne m’a dit qu’elle l’avait perdu. Quand je l’ai su et que je lui ai posé des questions, elle a répondu qu’elle ne pouvait pas se présenter à la police parce qu’elle n’a pas de papiers et c’est tout. Et elle m’a raccroché au nez.

On s’est interrogé sur un trafic d’allocations familiales…

Je n’ai jamais eu un centime pour Mohamed. La CAF ne m’a pas donné d’argent. Personne. Je n’ai jamais rien touché pour lui.

Le Parisien

 
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