«UN fusible ». Les nouveaux avocats de Jérôme Kerviel ont bien l’intention de reléguer leur client au rang de simple lampiste et de pointer les responsabilités de la Société générale lors de la perte de 4,9 milliards d’euros en janvier dernier portant sur une fraude de produits dérivés. Pour étayer leur thèse, la défense de Kerviel avait « ciblé » les deux commissaires aux comptes des cabinets d’audit Deloitte et Ernst & Young, chargés par la banque de certifier ses comptes.
« Ils savaient ce qui se passait »
« Soit les commissaires n’ont vu aucune anomalie et cela peut vouloir dire que les comptes étaient falsifiés, soit ils étaient informés et ont couvert la banque », résumait hier Me Bernard Benaïem, l’un des avocats du trader, avant l’audition. Lors de cette confrontation, Jérôme Kerviel a accablé un peu plus ses trois anciens supérieurs hiérarchiques, dont Eric Cordelle. « Bien sûr, ils savaient ce qui se passait », a convenu Kerviel devant les magistrats.
De leur côté, les deux commissaires aux comptes ont indiqué que les bilans présentés par la Société générale étaient cohérents et que rien de frauduleux ne pouvait « transpirer » de ces documents. Les faux e-mails du trader, ses opérations fictives, ses explications alambiquées à sa direction avaient été expurgés des rapports financiers, ont plaidé les deux commissaires aux comptes.
Dès août 2007, la Société générale avait pourtant été alertée par le bureau de surveillance du marché à terme allemand Eurex à propos d’achats exceptionnels de titres d’un de leurs employés, Jérôme Kerviel. Cinq mois plus tôt, une responsable de la Société générale adressait un e-mail à sa hiérarchie après avoir découvert un montant de 94 millions d’euros non justifié dans des opérations effectuées encore par Kerviel.
« Un pion »
« Les honoraires des commissaires aux comptes sont de 14 millions d’euros, a raillé M e Eric Dupond-Moretti, un autre avocat de Kerviel. Et on dit que personne n’a rien vu. »
A la sortie de la confrontation, les différentes parties de ce dossier demeuraient sur leur position. Selon la Société générale, les 4,9 milliards d’euros envolés sont le fait d’un seul homme : Jérôme Kerviel. « Rien n’est apparu de nouveau en ce qui concerne l’éventuelle responsabilité de la hiérarchie ou des commissaires aux comptes, nonobstant les déclarations de M. Kerviel qui évoluent le cas échéant », a indiqué Jean Veil, l’avocat de la banque française.
Dans leur stratégie, les défenseurs du mis en examen ont souligné que les initiatives de leur client, « un pion », avaient été favorisées par la logique du « système existant », qui s’est traduit par une crise financière. « Si j’avais du cynisme, je vous dirais que la perte de cinq milliards, à l’égard de ce qu’on a vu la semaine dernière, c’est peu de chose », a poursuivi M e Dupond-Moretti.
Les différents protagonistes de cette confrontation se reverront dans plusieurs jours au pôle financier, les deux magistrats n’ayant pu terminer leur interrogatoire. Entre-temps, Maxime Kahn, patron du bureau « arbitrage » de la Société générale, racontera jeudi aux deux juges comment il a « débouclé » du 21 au 23 janvier « les positions » de Kerviel. Les magistrats veulent s’assurer que le montant du préjudice (4,9 milliards) n’a été ni sous-estimé ni surestimé par la Société générale.
Le Parisien









