LE TRIBUNAL correctionnel de Nanterre était appelé à juger hier une affaire complexe, mais aussi tout un système, celui des SSII, ces sociétés de services en informatique nées il y a une quarantaine d’années pour répondre aux besoins croissants des entreprises en la matière.
Neuf entreprises et leurs dirigeants de l’époque, ainsi que la société Cegetel à laquelle elles facturaient leurs services, étaient poursuivis pour « prêt illicite de main-d’oeuvre » et « marchandage dans le cadre d’un contrat pour prestation de services ».
Concrètement, seize salariés des différentes SSII travaillaient pour la plate-forme de maintenance Cegetel, à Puteaux. Leur mission ? Gérer toutes les difficultés informatiques. « Nous sommes un peu les pompiers de la boîte », explique ce salarié dans un procès-verbal. Tout va bien jusqu’à ce que l’inspection du travail ouvre une enquête, en avril 2004. Les fonctionnaires concluent à l’absence de prestations spécifiques et identifiées des sociétés sous-traitantes. Selon eux, Cegetel commande une main-d’oeuvre plutôt qu’un service précis.
En clair, tout cela s’apparente à de l’intérim… Avec à la clé un bénéfice financier présumé pour l’entreprise. Jean-Pascal Aubert, ex-responsable chez Cegetel, contredit catégoriquement cette version : « La plate-forme gérait des données extrêmement complexes, vingt à trente fois l’ensemble de celles nécessaires pour lancer une navette spatiale chinoise ou américaine… On avait mille bogues par mois ! Il nous fallait ces experts pour faire face. »
«Les salariés étaient interchangeables »
Lorsque l’inspectrice du travail vient à la barre défendre les conclusions de son enquête, la grosse dizaine d’avocats de la défense se lève comme un seul homme, bombardant la jeune femme de questions techniques. De quoi y perdre son latin, et surtout ses bases en informatique… Mais l’intéressée ne bat pas en retraite : « Les salariés étaient interchangeables, ce n’étaient pas des experts. Juste de l’intérim déguisé.» Soupirs dans la salle.
Un prévenu glisse à son voisin : « Elle n’y connaît rien… »
C’est au tour du ministère public de prendre la parole : « On essaye de nous perdre, de nous noyer dans la spécificité du langage informatique. Pour moi aussi c’est du chinois », avoue le magistrat, qui requiert jusqu’à 15 000 € de peines d’amende. L’avocate de Cegetel monte au créneau : « Personne n’utilise la complexité pour jeter un écran de fumée, mais il y a un vrai souci dans la gestion des difficultés techniques. » Le jugement devait être mis en délibéré.
Le Parisien








