lundi 14 avril 2008, 16h48 | AFP
Les salariés du "Monde" ont observé lundi une grève historique contre le plan de redressement annoncé par la direction, refusant que les suppressions d'emplois envisagées se fassent par des départs contraints et exigeant l'abandon des projets de cession de magazines.
Pour la première fois pour des raisons internes, les journalistes du Monde ont posé leur stylo, entraînant la non-parution du journal daté de mardi.
Le personnel du monde.fr s'est opposé à ce que le site soit alimenté par des articles de leurs confrères du journal.
Selon les syndicats, une quinzaine de salariés de cette filiale du "Monde" ont cessé également le travail.
A l'appel des syndicats nationaux de journalistes, une centaine de personnes se sont rassemblées en fin de matinée devant le siège du Monde.
«C'est un moment exceptionnel, grave», «à la mesure de l'ampleur de la décision que je suis emmené à prendre pour redresser à la fois ce journal et ce groupe», a déclaré à l'AFP-TV le président du directoire du "Monde", Eric Fottorino.
Il s'est cependant dit «déterminé» à mener le plan de redressement à bien, martelant que l'«indépendance (était) à ce prix».
Confrontée à sept exercices consécutifs de pertes et à un lourd endettement, la direction a dévoilé le 4 avril une série de mesures d'économies visant à rétablir l'équilibre du quotidien et de ses suppléments à échéance 2010.
Parmi elles, 130 suppressions d'emplois au quotidien, dont 85 à 90 à la rédaction, soit le quart de cette dernière. Pour la première fois dans l'histoire du journal, la direction compte procéder à des départs contraints.
Elle entend également céder plusieurs entités du pôle magazine «déficitaires ou non-stratégiques» : Fleurus Presse (presse jeunesse), "Les Cahiers du Cinéma", le mensuel "Danser" et le réseau de librairies La Procure.
Lors d'une assemblée générale à l'ambiance calme et grave lundi matin, les salariés ont voté une motion réclamant la négociation d'un nouveau plan de redressement, exigeant notamment que tous les départs se fassent sur la base du volontariat et l'abandon des projets de cession de magazines.
Cette motion a été votée par 251 voix pour, 4 abstentions et zéro voix contre, a constaté une journaliste de l'AFP.
Les syndicats ont expliqué que la direction leur avait présenté vendredi lors d'un comité d'entreprise une liste des postes supprimés, estimant que l'annonce de départs volontaires n'était qu'un «habillage».
«Ce plan est pire que ce qu'on pouvait imaginer», a dénoncé Michel Delberghe (CFDT).
Plusieurs salariés, très applaudis, ont dénoncé le fait que les «sacrifices ne soient supportés que par les seuls salariés» et demandé que «les salaires et avantages des dirigeants soient inclus dans le plan d'économies».
D'autres se sont interrogés sur ses conséquences sur la qualité du "Monde", alors que, selon les syndicats, le projet éditorial de la direction «tient en trois phrases» autour du constat que le «lecteur urbain s'intéresse essentiellement à l'économie, à la géopolitique et à l'environnement».
M. Fottorino a assuré que les «efforts (seraient) partagés» par tous et affirmé qu'il n'était «pas question de céder en exigence» sur le plan éditorial.
La direction doit ouvrir mardi la procédure d'information-consultation sur le plan mardi en comité d'entreprise et devrait s'exprimer peu après devant les salariés.
Les syndicats ont d'ores et déjà prévu de convoquer une assemblée générale mercredi ou jeudi pour décider des suites à donner au mouvement.
leParisien.fr avec l'AFP | 15.04.08 à 07h00

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