lundi 21 avril 2008, 19h02 | AFP
Le groupe Leclerc a été condamné lundi par le tribunal de grande instance de Colmar à retirer sa campagne publicitaire sur la vente en grande surface de médicaments non remboursés sous peine d'astreintes, une victoire pour les groupements et syndicats de pharmaciens qui la contestaient.
Le groupe Leclerc a immédiatement annoncé son intention d'interjeter appel.
Evoquant une «pratique commerciale déloyale» reposant «sur une présentation de nature à induire en erreur», le tribunal estime que «l'ensemble des publicités» stigmatise «nécessairement et évidemment les pharmaciens d'officine» et favorise «dans le même temps les parapharmacies Leclerc».
Le jugement souligne que la fameuse publicité représentant des médicaments en bijoux de luxe opère ainsi «une confusion à finalité démagogique entre les médicaments non remboursées (...) et le cours des franchises».
Le spot télévisé, repris sur internet, est «encore plus simplificateur et infantilisant», relève encore le tribunal, fustigeant une publicité «volontairement agressive et déloyale» qui laisse croire que la pharmacie d'officine est la seule responsable «de la perte du pouvoir d'achat en matière de santé et de l'augmentation du prix du médicament».
Le tribunal épingle une publicité «simplificatrice» qui accuse indirectement les pharmaciens «d'être à l'origine de la +baisse du pouvoir d'achat+ en rappelant évidemment et constamment que +les prix Leclerc sont les plus bas+».
En conséquence, le tribunal a prononcé l'interdiction de la publicité écrite représentant les médicaments en produit de luxe. A défaut d'exécution à compter du 28 avril, une astreinte provisoire de 20.000 euros par jour sera ordonnée.
L'interdiction de la diffusion du spot télévisé a également été prononcée, la cessation devant être effective «avant le 23 avril» sous peine d'une astreinte provisoire de 20.000 euros par jour. Le site internet devra également être modifié avant le 1er mai, sous peine d'une astreinte provisoire de 10.000 euros.
Lancée il y a une dizaine de jours par les centres Leclerc, la campagne publicitaire controversée plaidait en faveur de la vente en supermarché des médicaments non remboursables, arguant que cela entraînerait des baisses de prix.
Michel-Edouard Leclerc, patron des centres éponymes, avait affirmé qu'il pourrait vendre 25% moins cher que la moyenne si le gouvernement ouvrait ce marché à la grande distribution.
«C'est une décision très satisfaisante et qui va dans le bons sens (...) Elle est conforme à ce que nous demandions», s'est félicité pour sa part Me Michaël Allouche, représentant les groupements de pharmaciens Univers Pharmacie (plus de 470 officines en France), Directlabo SA (près de 1.700 d'adhérents) ainsi que deux syndicats de pharmaciens, l'USPO et l'UNPF.
Lors de l'audience en référé du 16 avril dernier, Me Allouche avait fustigé une publicité qui présente les médicaments comme des bijoux de luxe, la jugeant «dénigrante, mensongère et trompeuse à l'égard des pharmaciens présentés comme des grippe-sous».
A l'opposé, la défense du groupe Leclerc avait plaidé la «publicité d'opinion» et s'était fondée sur le droit à la liberté d'expression garanti par la Convention européenne des droits de l'Homme.
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