SOCIAL.
« Tout est réuni pour
une mobilisation d'ampleur »
Propos recueillis par
Catherine
Gasté-Peclers
et Valérie Hacot
vendredi 11 avril 2008 |
Le Parisien
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Bernard Thibault, le patron de la
CGT, estime que le climat social est particulièrement tendu à cause des projets en cours, notamment
la réforme des retraites. Il appelle les organisations syndicales à une journée d'action unitaire
en mai.
LE
SECRETAIRE général de la CGT, qui revient sur le devant de la scène, juge le climat
social propice à la contestation. Bernard Thibault dénonce le désordre syndical et appelle ses homologues à une journée d'action unitaire en mai afin de faire barrage au projet de réforme
des retraites.
Comment percevez-vous
le climat social actuel ?
Bernard Thibault.
Tous les ingrédients
sont réunis pour des mobilisations d'ampleur. L'ambiance sociale n'a plus rien à voir avec ce
qu'elle était il y a six mois. Entre la refonte de la carte famille nombreuse, l'augmentation
des tarifs du gaz, la réforme de l'Etat - qui va conduire à la suppression de nombreux services
publics -, les mesures annoncées chaque jour contribuent à alourdir le climat. Dans les entreprises,
les conflits, en particulier sur les salaires, se multiplient. Si ce n'est pas relayé au plan
national, c'est à cause de l'attitude des confédérations, coupables de ne pas réussir à parler
d'une même voix. Elles apparaissent en décalage avec ce climat général.
Cette désunion syndicale
explique-t-elle
la faible
mobilisation sur
les retraites ?
Je conçois que les salariés soient déçus par l'inertie
des syndicats. Pourtant, toutes les organisations se disent opposées à l'allongement à 41 ans
de la durée de cotisation. Il est anormal que nous ne l'exprimions pas ensemble. Cela tient,
sans doute, aux différences d'appréciation sur le bien-fondé de la réforme des retraites de
2003, qui perdurent aujourd'hui, surtout avec la CFDT. Mais si nous ne réagissons pas rapidement,
le gouvernement va passer en force. Il joue déjà la montre et met tout en oeuvre pour faire
passer sa réforme cet été. Par deux fois déjà, sous Balladur et sous Fillon, les réformes des
retraites ont été décidées durant les vacances. Il faut une mobilisation unitaire pour faire
reculer le gouvernement.
Pourtant FO appelle à une action le 16 avril et vous n'en n'êtes pas...
La
CGT a déjà appelé les salariés à se mobiliser pour les retraites le 29 mars, FO était totalement
absent. Aujourd'hui, FO joue cavalier seul, sans doute pour régler ses débats internes. L'important
pour les salariés est que, cette semaine, nous avons repris contact avec tous les responsables
des organisations syndicales afin de jeter les bases d'une journée d'action commune en mai.
Nous voulons travailler de façon unitaire, mais si cela n'est pas possible, nous prendrons nos
responsabilités. D'ores et déjà, la question des retraites sera très présente dans les cortèges
du 1er Mai, au même titre que le pouvoir d'achat.
« Aujourd'hui, 40 %
des
salariés partent avec une retraite à taux plein. A l'avenir, cela sera encore plus difficile
»
Mais, dans les sondages,
les Français semblent avoir
déjà intégré la réforme...
Les Français
sont attachés au départ à 60 ans. Or, le gouvernement, sans le dire, s'y attaque. Sa réforme
allonge la durée de cotisation, ce qui revient à repousser l'âge de la retraite tout en réduisant
le montant des pensions. Aujourd'hui, 40 % seulement des salariés partent avec une retraite
à taux plein. A l'avenir, pour y arriver, cela sera encore plus difficile. Et la paupérisation
des retraités va s'accentuer.
Comment faire alors pour sauver le système
des retraites ?
Il ne faut pas faire des économies sur les retraites, mais y consacrer une plus grande part de la richesse nationale. Depuis vingt ans, on demande des efforts aux seuls salariés. Il est temps
d'en demander aux entreprises et à leurs actionnaires.
La négociation sur la représentativité
des syndicats s'est conclue avant-hier soir.
Qu'est-ce que cela va changer ?
Depuis 1966, cinq
syndicats
(NDLR : CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC)
sont considérés représentatifs et ont le droit
de négocier au nom de tous les salariés sans leur demander leur avis. Avec le nouveau texte,
on sort de cet arbitraire. Pour négocier, un syndicat devra rassembler au moins 10 % des voix
des salariés aux élections professionnelles dans les entreprises. Par ailleurs, il ne sera plus
possible pour le patronat de s'appuyer sur des syndicats minoritaires pour conclure des accords
d'entreprise, de branche ou nationaux imposant des réformes à tous les salariés.
La CGT va donc se prononcer favorablement ?
Nous donnerons notre réponse mercredi prochain. Ce texte reprend des
propositions de la CGT. C'est un pas vers une plus grande démocratie sociale. Toutefois, il
est regrettable que ne soient pas reprises dans ce texte nos propositions concernant les droits
des salariés des petites entreprises. Par ailleurs, nous considérons que le rythme de mise en
oeuvre de ces nouvelles règles sociales devrait être accéléré.
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