dimanche 20 avril 2008, 19h03 | leparisien.fr
Dix employés de ce restaurant de Neuilly se sont mis en grève. Comme d'autres ailleurs en Ile-de-France, ils demandent leur régularisation.
Le dimanche matin, sur l'île de la Jatte, enclave privilégiée de Neuilly-sur-Seine, après avoir fait son jogging, on vient bruncher au Café de la Jatte, presqu'une institution qui a ouvert il y a 23 ans, longtemps fréquentée par Nicolas Sarkozy.
Ce dimanche, ce sont des drapeaux militants et syndicaux qui ont remplacé la carte à l'entrée.
Car depuis samedi à midi, dix cuisiniers, commis, plongeurs, se sont mis en grève.
Soutenus par la CGT et l'association Droits devant!!, encouragés par l'affaire des cuisiniers du restaurant la Grande Armée (Paris XVIIe), où huit personnes ont obtenu leurs papiers, les grévistes occupent un coin du premier niveau, sous le grand squelette accroché au plafond. Ils réclament leur régularisation, des papiers à eux.
La mort dans l'âme, les patrons, Luc Peyronnel et Gilles Caussade, se sont résignés à fermer boutique. La journée du dimanche est pourtant la plus fréquentée, avec 200 à 250 couverts servis. «Nous ne sommes pas un groupe, martèle Luc Peyronnet sur la mezzanine, nous sommes une petite entreprise qui emploie 42 personnes et c'est une catastrophe». Son associé et lui jurent que jusqu'au «coup de tabac» de samedi à midi, leurs employés, considéraient-ils, avaient des papiers, «ceux qu'ils nous ont présentés quand nous les avons embauchés et que pour certains nous avons dû faire contrôler par la police».
Quelques marches plus bas, vêtus de leur veste blanche de travail, Soulimane, Traoré, Mahmadou, Djime, Sikou et les autres, moins diserts affirment que «dans la restauration, le batiment, le nettoyage, c'est courant. On montre les papiers de quelqu'un d'autre, ça se voit que c'est pas la bonne photo. Ils savent très bien, ils ferment les yeux».
S'ils ne sont pas moins bien traités que les salariés en situation régulière, assurent-ils, ils sont fatigués de cotiser chaque mois pour des droits dont ils ne peuvent pas bénéficier. Impossible de prendre un congé maladie, d'avoir une mutuelle, de toucher une retraite lorsqu'ils auront l'âge. «Un salarié sans papier intéresse toujours les employeurs, martèle Jean-Luc Faisnel-Porchet, délégué CGT 92 qui fédère l'action. Il peut être licencié du jour au lendemain, sans préavis ni indemnité.. Il n'ira jamais réclamer et ne pourra pas poursuivre l'entreprise aux Prud'hommes».
Samedi après-midi, le secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine a fixé des rendez-vous -individuels- aux dix grévistes qui seront reçus mardi, pour faire examiner leur dossier. «Si mardi on a les papiers, on reprend le travail, sinon on continue», tempête Mahmadou.
Inquiet du temps que l'examen des dossiers risque de prendre, Luc Peyronnet affiche un visage désolé. «Je suis un chef d'entreprise qui vient du rang. Je n'ai jamais connu pareille situation de toute ma vie, plaide-t-il. Leur occupation est politique, ils n'ont pas le droit de bloquer le restaurant. Mais je fais quoi ? Je lance un référé, je fais venir la police, et je me bats avec des gens qui travaillent avec moi depuis dix ans» ? Il a décidé d'attendre mardi.
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