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Douze heures de galère pour les naufragés de l'Eurostar Timothée Boutry

dimanche 20 avril 2008 | Le Parisien

LP/MATTHIEU DE MARTIGNAC.

LP/MATTHIEU DE MARTIGNAC.ZOOM

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Partis de Londres vendredi soir, les 640 passagers d'un train rapide ont mis toute la nuit pour arriver à Paris, à 9 heures samedi. Une incroyable succession de pannes et de défaillances techniques a émaillé le trajet, provoquant l'exaspération des voyageurs.

POUR LA SNCF , c'est « une catastrophe » causée par de « la malchance et une série de cafouillages techniques ». Pour les 640 passagers de l'Eurostar 9054, c'est une nuit de galère et le désagréable privilège d'avoir battu le record de lenteur ferroviaire entre Londres et Paris. Partis vendredi à 21 heures (heure de Paris) de la capitale britannique, les passagers n'ont posé le pied sur la voie 3 de la gare du Nord qu'hier à 9 h 13.

Plus de douze heures de trajet, au lieu des deux heures et demie prévues. Un retard engendré par une incroyable série de dysfonctionnements sur lesquels la SNCF s'est promis de se pencher : les résultats de l'enquête interne seront remis demain au secrétaire d'Etat aux Transports.

Echange de train à Lille. Vendredi soir, avec sa clientèle de banquiers de la City, l'Eurostar avait entamé son parcours sans encombres, passant sous la Manche en temps et en heure. C'est en fait une autre rame qui sera à l'origine des difficultés : celle en provenance de Paris, effectuant le trajet en sens inverse. Alors qu'il se trouve encore en France, un voyant s'allume à bord de ce train pour le signaler « inapte » à l'emprunt du tunnel. « Mais elle semblait pouvoir rouler sans problème sur le territoire français », détaille Mireille Faugère, la directrice Voyages France-Europe de la SNCF.

L'entreprise publique décide de procéder à un échange de train en gare de Lille. L'Eurostar de Londres repart donc en sens inverse avec, à son bord, les passagers en provenance de Paris. Pour les 640 passagers en route vers la capitale française, les ennuis ne font que commencer. « La SNCF nous a mis dans un train qu'elle savait avarié », enrageait à l'arrivée Philippe Guisset, un banquier hurlant au « scandale », bien décidé à réclamer « 1 500 de dédommagement ».

Immobilisation en pleine voie. Contrairement aux prévisions de la SNCF, la rame inapte au franchissement du tunnel se révèle incapable de toute circulation. Après avoir quitté Lille à minuit, le train s'immobilise dans la Somme moins d'une heure plus tard. Une longue nuit débute pour les passagers. « On a été très peu informé. Les renseignements sont restés très évasifs », confiait à l'arrivée Marine Vanoost. Les coupures d'électricité plongent le train dans le noir. Les distributions d'eau s'organisent et certains parviennent à dormir. D'autres, comme Benoît Vachey, en profitent pour discuter avec leurs voisins. « On s'est même mis à chanter en pleine nuit avec des Anglais », s'amuse ce spécialiste de marketing, qui préfère rire de sa mésaventure. Dans un autre wagon, un passager fait un malaise, immédiatement pris en charge par les pompiers.

Pendant ce temps-là, la SNCF évalue la situation en temps réel et cherche la meilleure solution. L'envoi d'autocars est exclu. Ce tâtonnement affecte directement les proches des passagers qui attendaient l'arrivée d'un train en gare du Nord à 23 h 26. « Avec d'autres, on a passé la nuit dans la gare, explique Denise Drylewicz, venue chercher son fils. Comme l'heure d'arrivée du train n'a pas cessé d'être repoussée, on a été obligé d'attendre sur place. » Un wagon sera mis à leur disposition pour patienter.

Nouveau changement de train. Finalement, la SNCF décide d'envoyer une autre rame chercher les passagers en rade. Elle n'arrive sur place qu'à 5 heures. Un nouveau transbordement s'opère en pleine nuit et en pleine voie. Peu avant 7 heures, le convoi redémarre, la rame défectueuse restant accrochée à l'arrière. La fin du périple s'effectue à petite vitesse, en raison d'une énième avarie. La silhouette racée de l'Eurostar fait son entrée gare du Nord à 9 h 13. Mireille Faugère évoque sans détour une « catastrophe », une « nuit épouvantable pour les passagers » et une situation « inacceptable ». En guise de compensation, les passagers ont droit à un petit déjeuner, un bon de taxi, le remboursement de leur trajet et un aller-retour gratuit. Pour tous, « c'est le minimum ».

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