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PROCES FOURNIRET

Fourniret dans «un état second» quand il tue

jeudi 15 mai 2008, 13h17 | leparisien.fr

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Michel Fourniret a commencé jeudi à son procès à raconter les derniers instants vécus par ses victimes, tout en reconnaissant être incapable d'expliquer ce qu'il ressentait lui-même au moment de tuer, en raison d'«un état second».

Lors d'une matinée d'audience supplémentaire aux assises des Ardennes, après sa décision de participer aux débats, l'accusé a été interrogé sur les meurtres d'Isabelle Laville et de Fabienne Leroy - tuées l'une en 1987 dans l'Yonne, l'autre en 1988 dans la Marne -, les premiers des sept homicides aggravés dont il répond.

Avec Isabelle Laville, il s'agissait de la première mise en application d'un «pacte» criminel qui d'après l'accusation a été passé avec son épouse et complice présumée Monique Olivier. Elle était chargée de l'aider à «chasser» de jeunes vierges car il prétendait n'avoir jamais eu l'expérience de ravir sa virginité à une femme.



Cette collégienne de 17 ans, enlevée par le couple sur le bord d'une route, a été violée puis étranglée à l'étage de leur habitation à Saint-Cyr-les-Colons (Yonne). Son corps ne sera retrouvé qu'en juillet 2006, au fond d'un puits.

«Combien de temps a duré l'étranglement ?», interroge Me Alain Behr, avocat des parents de la jeune fille.

«C'est un temps qui ne se chiffre pas, un événement de durée interminable», répond l'accusé, qui dit s'être alors senti «déboussolé face à la réalisation d'un projet auquel vous croyez à peine».

L'avocat insiste : «Quand vous l'étranglez vous la regardez ? Quand vous affrontez son regard c'est là qu'apparaît le grand Fourniret, que vous vous sentez tout puissant?». «Répondez moi !», intime Me Behr.

«Comment voulez-vous que je réponde à une question comme ça ?», dit Fourniret, avouant son incapacité à expliquer : «c'est un maelström de sentiments qui se produit (...) On voudrait se réveiller, je vous ai parlé d'un état second».

Face au père de la victime, Jean-Pierre Laville qui saisit le micro d'une main tremblante puis l'interroge en le fixant, l'accusé maintient qu'il est tombé par hasard sur sa fille, même si un enlèvement avait été prémédité.

Certes les médicaments pour endormir la victime étaient prêts à l'avance, mais Isabelle «a été l'instrument du destin placé sur la route de ma préméditation», affirme Fourniret.

«Je partais exactement comme un braconnier qui ne savait pas s'il allait ramener un faisan, un garenne ou rien du tout (...) Quitte à employer des images dures, je veux être honnête avec les familles», assène-t-il.

Debout dans le box, les mains bien à plat, Fourniret se concentre, esquive une question par des digressions, temporise quand il est pris de cours: «Vous allez trop vite Me Behr ! L'alimentation de mon cerveau par la source de ma mémoire ne se fait qu'au goutte-à-goutte».

Apropos de Fabienne Leroy, tuée à 20 ans d'une balle en pleine poitrine, il reconnaît avoir «pris l'initiative» de l'aborder au prétexte de la recherche d'un médecin.

«Pourquoi avez-vous envie à ce moment là?», questionne Me Gérard Chemla, qui défend la famille.

-«C'est la vue de cette jeune fille (...) Une initiative non préméditée, instantanée».

L'accusé réaffirme qu'il a violé en présence de Monique Olivier comme dans le cas Laville où il a été «mis en condition» par une fellation de son épouse, «une tentative vaine».

Hors audience, Jean-Pierre Leroy, le père de Fabienne, a confié n'avoir rien appris de neuf. «On sait qu'il est pervers, il revient sur ce qui lui plaît, c'est-à-dire la description de ses actes», a-t-il ajouté.

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