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MICHEL, père d'un enfant qui a séjourné sur le bateau école
Article paru dans "le Parisien" du 26 mars 2008POUR MICHEL*, c'est l'énième sursaut d'une terrible histoire, vieille de trente ans , pour laquelle il n'a cessé de se battre . Cette fois, il espère que ce sera la bonne. Celle qui permettra de voir « enfin » Léonid Kameneff « en France, derrière les barreaux, avec ceux qui l'ont aidé, ses complices ou amis ».
Pour que soit « poursuivi et jugé » celui qui,
au milieu des années 1970, lui a pris son fils et l'a violé pendant trois ans. Aujourd'hui âgé
d'une quarantaine d'années, il n'était au moment des premiers faits qu'un garçon de 10 ans.
«
J'ai toujours été d'un tempérament plutôt nomade, à aimer l'aventure, à me dire que c'est une
belle école, explique ce papa, tout de colère contenu. C'est pour cette raison que j'ai confié
mon fils à Léonid Kameneff et que j'ai cru dans leur projet. Je pensais que c'était une bonne
chose pour lui de voir le monde. Je croyais que l'expérience ne pourrait que lui être bénéfique.
Ce fut le cas pendant les premiers mois, peut-être. Puis, en trois ans, je n'ai reçu de lui
que cinq lettres. J'ai littéralement couru après le « Karrek Ven » pour retrouver mon fils qu'on
m'avait enlevé. En le découvrant, j'ai bien compris qu'il y avait eu un sérieux problème. J'ai
déposé une main courante. A l'époque, ces choses-là étaient taboues. Avec mon fils, nous avons
mis dix ans avant de parler de ce qui s'était réellement passé et des viols qu'il avait subis.
»
« Il est parvenu
à se faufiler entre
les procédures »
Pour Michel, le fond de l'affaire est
dramatiquement clair : « Ces gens ont prétexté une certaine
philosophie de vie
, ils citaient
volontiers Socrate ou les grecs anciens, plaidaient pour une société différente, moins
bourgeoise
,
pour en fait justifier et mettre en pratique leur pédophilie. Ils ont profité de la fragilité
de certains enfants pour agir en prédateurs. A l'époque, j'étais en train de divorcer. Mon fils
était plus faible d'une certaine façon. Si je n'ai reçu de lui que trois lettres en cinq ans,
ce n'est pas parce que l'on interdisait à mon fils de m'écrire. Mais parce qu'on lui disait
qu'il venait d'un milieu de m..., que ses parents étaient des cons de petits bourgeois, et qu'il
était bien mieux avec eux. Tout ce qui pouvait dévaloriser ses origines était bon à prendre.
Outre les abus sexuels, ce qui me révolte, c'est qu'on a fait de ces adolescents des esclaves
psychologiques. Kameneff et ses complices se les sont appropriés, psychologiquement, affectivement,
et cela vient s'ajouter à la destruction physique. Il est temps que ces gens soient jugés. »
Michel
a failli baisser les bras : « S'il n'y avait pas eu d'autres plaintes, j'aurais laissé tomber.
Kameneff a bénéficié de soutiens, notamment de la part d'artistes, de politiques, de pédagogues...
Il est parvenu à se faufiler entre les procédures. Son projet a reçu des subventions publiques
! La société a une responsabilité majeure dans cette dramatique affaire : si, il y a deux ans,
on n'avait pas décidé de reprendre ce dossier de zéro, et d'enfin aboutir, cette affaire serait
tombée dans les oubliettes judiciaires. »
* Le prénom a été modifié.
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