lundi 14 avril 2008 | Le Parisien

EPA/MAXPPP/SEBASTIEN DUPONT.ZOOM
Alors que les 22 Français
membres d'équipage du « Ponant » arriveront ce soir à Roissy, ils ont été pris en charge par
les militaires de la « Jeanne d'Arc » qui se sont mis aux petits soins pour eux. Le sort judiciaire
des pirates somaliens reste en suspens.
IMPATIEMMENT attendus par leurs proches, ce soir, sur
le tarmac de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, les 30 membres de l'équipage du « Ponant
» ont passé leurs trois premiers jours de liberté sur le porte-hélicoptère « Jeanne d'Arc »,
par ailleurs bateau-école des élèves officiers de la marine nationale. « On les a logés à la
même enseigne ! » plaisante, pour dédramatiser un peu la situation, le commissaire Marc Lemoine,
qui gère toute l'intendance de cet immeuble flottant long de 181 m, et que nous avons pu joindre
hier. De fait, les ex-otages ont trouvé leurs quartiers pour trois nuits dans deux chambrées
d'élèves laissées vides, avec chacune 12 lits.
A bord, 600 personnes, dont 120 élèves officiers,
les attendaient, vendredi en fin d'après-midi. « Nous avons accueilli des hommes et des femmes
soulagés mais épuisés, poursuit le commissaire. Leur tension nerveuse a été mise à rude épreuve
; même s'ils n'ont pas été physiquement maltraités, pendant sept jours ils ont été contraints,
sous la menace d'armes. Leur stress était sensible. » Pour l'occasion, les cuisiniers et pâtissiers
du bateau avaient mis les petits plats dans les grands : viennoiseries, fruits frais et pâtisseries
attendaient les ex-otages. « Une petite touche française », sourit l'officier, fidèle à la réputation
de la Royale.
« L'état physique général
est plutôt bon
»
Première priorité en
arrivant sur la « Jeanne » pour les marins du « Ponant », se laver, et enfin revêtir des vêtements
propres : shorts, tee-shirts et casquettes floqués à l'emblème du navire militaire, mais aussi
des effets personnels que les militaires à bord leur ont donné, après une quête, « solidarité
entre marins » oblige. Certains d'entre eux avaient quitté le trois-mâts pieds nus, après leur
évacuation par les forces spéciales, c'est comme ça qu'ils ont trouvé des chaussures à leur
taille et quelques effets civils. « Les médecins présents à bord les ont ensuite pris en charge,
poursuit Marc Lemoine. Hormis une otite, quelques coups de soleil et une légère foulure, l'état
physique général est plutôt bon. Une médecin psychiatre envoyée spécialement de Djibouti s'est
aussi occupée d'eux, en groupe et individuellement. Ceux qui l'ont souhaité ont pu rencontrer
l'aumônier présent en permanence sur le bateau. »
Après de longs entretiens et une grosse nuit
de sommeil, les 23 hommes et 7 femmes membres de l'équipage du « Ponant » ont visité, hier matin,
le bâtiment-école. « Ils sont marins comme nous, explique Marc Lemoine, donc le courant est
passé tout seul. Chacun, selon sa qualification, a retrouvé son double sur la
Jeanne :
les mécaniciens
ont papoté avec leurs homologues, les pâtissiers pareil... »
Hier après-midi, pour le tournoi
de volley organisé sur le pont de la « Jeanne », au large de la corne de l'Afrique « avec un
grand filet tiré pour ne pas que le ballon tombe en mer », trois marins du « Ponant » ont même
formé une équipe. Puis tous se sont retrouvés autour du traditionnel repas du dimanche, toujours
amélioré. Au menu du repas de fête, les cuisiniers militaires ont trouvé des recettes asiatiques
pour les six marins philippins. Pour les autres, « crustacés achetés lors de la dernière escale
malgache, à Diego Suarez ». Et pour tous, « une bonne glace avec une chantilly maison ».
« On
est vraiment super contents pour eux qu'enfin demain
(NDLR : ce soir)
leur cauchemar prenne
fin. On sent qu'ils ont tellement hâte de retrouver leurs familles. Les au-revoir seront chaleureux
», s'émeut le commissaire Lemoine. Pour leur dernier soir sur la « Jeanne », petit sas de décompression,
c'était hier ciné-club sur le pont du navire avec un écran de draps tirés. Au programme, « les
Tontons flingueurs », de Michel Audiard. Peut-être pour rire, ensemble, autour de cette « curieuse
manie qu'ont les marins de faire des phrases ».

A BORD DU « JEANNE D'ARC », HIER. Les ex-otages ont visité
le bâtiment-école et savouré de bons petits plats mitonnés par les
cuisiniers du porte-hélicoptère.
(EPA/MAXPPP/SEBASTIEN DUPONT.)
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