jeudi 28 février 2008, 10h52 | AFP

(Saeed Khan - AFP) ZOOM
Le Premier ministre renversé et milliardaire Thaksin Shinawatra a fait son grand retour jeudi en Thaïlande, mettant fin à plus de 17 mois d'exil pour répondre à des accusations de corruption devant la justice de son pays.
Accueilli par des milliers de partisans en liesse à l'aéroport Suvarnabhumi de Bangkok, M. Thaksin, 58 ans, a embrassé le sol peu après son arrivée à bord d'un vol de la Thai Airways en provenance de Hong Kong.
Le dirigeant, renversé par des généraux royalistes le 19 septembre 2006 alors qu'il participait à l'Assemblée générale de l'ONU à New York, a aussitôt été conduit, sous escorte policière, à la Cour suprême qui l'a libéré sous caution (250.000 dollars) mais lui a interdit de quitter la Thaïlande sans autorisation.
M. Thaksin, qui a racheté l'été dernier le club de football anglais de Manchester City, est accusé d'avoir "influencé" une transaction immobilière au profit de son épouse, Pojaman, en 2003, alors qu'il était au pouvoir. La première audience du procès pour cette affaire a été fixée au 12 mars.
Un peu plus tard, l'ex-Premier ministre --revenu dans son pays deux mois après la victoire de ses alliés à des législatives ayant consacré le retour de la Thaïlande sur la voie démocratique-- a été emmené au bureau du procureur général du royaume, toujours sous escorte policière.
Là également, il a bénéficié d'une libération sous caution (31.000 dollars) mais devra se présenter à nouveau le 3 avril pour s'expliquer sur des déclarations "frauduleuses" faites par son épouse et lui à la Commission des opérations en bourse à propos de l'enregistrement d'une entreprise immobilière en 2003.
Thaksin et Pojaman Shinawatra sont passibles de peines pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison s'ils sont reconnus coupables de tous les faits qui leur sont reprochés dans le cadre de ces deux affaires. D'autres enquêtes se poursuivent.
Dans l'avion qui l'a ramené en Thaïlande, M. Thaksin a déclaré à des journalistes, dont une de l'AFP, que les accusations de corruption avaient été "montées de toutes pièces" pour justifier le coup d'Etat de 2006.
"Je veux prouver (mon innocence) et rétablir ma réputation, détruite de manière injustifiée et injuste", a-t-il clamé plus tard devant la presse thaïlandaise rassemblée à l'hôtel Peninsula.
M. Thaksin a réservé un étage entier dans ce luxueux établissement pour lui, sa famille et son entourage. L'hôtel a été placé sous haute surveillance et le milliardaire a indiqué qu'il comptait y séjourner "au moins pendant un mois".
Le dirigeant déchu a souligné qu'il n'avait "aucun désir de vengeance contre quiconque".
"Nous devrions tous trouver un compromis et nous unir pour notre pays et notre roi bien-aimé", a-t-il dit en réaffirmant qu'il avait "abandonné la politique" et en prédisant que son retour ne provoquerait ni "désordre civil", ni nouveau "coup d'Etat".
De nombreux analystes sont convaincus que M. Thaksin rêve secrètement de faire sa réapparition sur la scène politique à plus ou moins long terme.
L'ancien homme fort de la Thaïlande, au pouvoir pendant plus de cinq ans, reste populaire parmi les masses rurales du nord, région dont il est originaire.
Il est, en revanche, détesté par une partie des élites de Bangkok, dont des représentants ont menacé de manifester si le nouveau gouvernement, favorable à M. Thaksin, interférait dans le processus judiciaire visant l'ex-Premier ministre.

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