mercredi 14 mai 2008, 20h34 | AFP
Douze jours après une catastrophe qui a fait plus de 66.000 morts et disparus, l'ONU s'efforce toujours de convaincre la junte birmane d'ouvrir plus largement la pays à l'aide internationale.
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a convoqué mercredi une réunion d'urgence sur l'aide humanitaire en Birmanie au moment où la junte a considérablement restreint l'accès à la zone dévastée par le cyclone Nargis et refuse toute opération de secours menée par des étrangers.
Pourtant, avant son départ pour Rangoun, le commissaire européen au Développement Louis Michel a déclaré à l'AFPTV à Bangkok que la Birmanie était confrontée à un risque de «famine» en raison de la destruction par le cyclone de «tous les stocks de riz» dans la région du delta de l'Irrawaddy, dans le sud-ouest.
Douze jours après une catastrophe qui a fait plus de 66.000 morts et disparus, Ban Ki-moon a invité à une réunion mercredi, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et les pays de l'Association des nations d'Asie du sud-est (Asean), dont la Birmanie est membre.
Ce pays pauvre, dirigé par des juntes militaires depuis 1962, est sous très forte pression internationale pour faciliter l'acheminement de l'aide étrangère.
La Grande-Bretagne a proposé l'organisation d'un sommet d'urgence de l'ONU après que plusieurs pays européens eurent appelé, en vain, à une saisine du Conseil de sécurité.
Le responsable des affaires humanitaires à l'ONU, John Holmes, a appelé la junte à «un changement radical» d'attitude et à laisser entrer les spécialistes internationaux du secours humanitaire.
«Nous avons besoin d'une réponse vraiment multilatérale, multinationale (...) afin d'éviter cette seconde vague de morts que nous craignons tous à cause du risque que des épidémies se déclenchent parmi des gens déjà affaiblis par leurs conditions de vie actuelles».
Une bonne partie des deux millions de survivants désespérés manquent de tout.
Le régime des généraux birmans accepte volontiers l'aide internationale, mais --paranoïaque et obsédé par la défense de sa souveraineté nationale-- refuse une opération d'aide massive conduite par des étrangers qui resteraient des semaines voire des mois dans ce pays reclus.
«La Birmanie ne veut pas d'experts étrangers», a déclaré le Premier ministre thaïlandais Samak Sundaravej après un entretien à Rangoun avec son homologue Thein Sein.
La junte considérera «au cas par cas» les demandes de visas déposées par les travailleurs humanitaires, a expliqué le Thaïlandais.
Même si des secours entrent en Birmanie grâce à des avions internationaux qui atterrissent à Rangoun -dont encore cinq appareils américains mercredi-, des organisations humanitaires redoutent qu'il ne soit déjà «trop tard».
«Une occasion a été perdue», a déploré Chris Lom de l'Organisation internationale pour les migrations. «Face à une catastrophe, il faut réagir extrêmement vite et de manière organisée. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé», a-t-il regretté.
En outre, les autorités militaires ont nettement renforcé les contrôles sur les routes menant aux lieux de la catastrophe, qui a fait 38.491 morts et 27.838 disparus, peut-être même plus de 200.000 au total selon le secrétaire d'Etat britannique Douglas Alexander.
«Aucun touriste étranger n'est autorisé à se rendre dans la moindre zone de l'Irrawaddy», a dit un policier. «Le gouvernement a donné l'ordre de tenir les étrangers à l'écart (de la région). Nous sommes désolés», a dit un autre membre des forces de sécurité.
Le commissaire européen Louis Michel est en Birmanie depuis mercredi soir pour une visite «strictement humanitaire» de deux jours, avec l'espoir de faire plier la junte.
Le fait que l'Irrawaddy «soit le grenier à riz de Birmanie et que tous les stocks de riz ont été détruits» place le pays face à «un risque de catastrophe du niveau d'une famine», a déclaré M. Michel à l'AFPTV.
«Il faudrait qu'on travaille ici pendant des semaines, des mois et des années avant de rectifier, avant de corriger les effets d'un tel drame», a-t-il prévenu.
De fortes pluies sont tombées sur le sud et de nouvelles précipitations sont annoncées ce qui serait «le pire scénario imaginable», selon la Fédération internationale de la Croix-Rouge.
«Je ne sais pas combien de temps nous tiendrons», s'est ainsi lamenté Taye Win, un rescapé.
Des milliers d'autres affirment n'avoir reçu aucune assistance pendant que que la télévision birmane montre des hauts gradés distribuant eau et nourriture aux survivants.
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