mardi 19 février 2008, 10h58 | leparisien.fr
«Sincèrement je ne vois pas ce qui a pu le pousser»: à moins de trois semaines des municipales, Jean-Luc Bidal, maire sortant de Sciez-sur-Léman, candidat à sa succession, a du mal à accepter la présence de son frère aîné Claude à la tête d'une liste concurrente.
«C'est dommage, surtout qu'on n'a pas de vision différente de la politique. Maintenant est-ce à moi le maire de m'effacer en disant +t'es le grand frère et donc c'est toi qui a la primauté+?», interroge Jean-Luc Bidal, 53 ans, maire UMP de cette commune de 5.000 habitants depuis 2003.
«On n'est pas en conflit personnel, mais se présenter contre moi ça ressemble un peu au baiser de Judas», regrette-t-il.
«J'ai imaginé toutes les conséquences que cela pouvait avoir», assure de son côté Claude Bidal, 54 ans, conseiller municipal d'opposition (MoDem), qui a décidé de faire cavalier seul après avoir échoué à faire liste commune avec son frère.
«Certaines conditions n'étaient pas remplies pour qu'on puisse fusionner», assure cet entrepreneur, qui déplore la présence d'un ancien maire communiste aux côtés de son frère et souligne vouloir imposer «un changement de méthode de gestion».
Pour Jean-Luc, l'argument ne tient pas: «si Claude était opposé à ma gestion, pourquoi a-t-il voté tous mes budgets?».
«On vote tout et on dit que ce n'est pas bien. C'est un peu comme celui qui se goinfre dans un repas et qui après dit que ce n'était pas bon», dénonce ce producteur de légumes, vice-président de la FNSEA.
Dans cette commune étalée sur 2.000 hectares au bord du lac Léman, la présence de deux Bidal, aux côtés de deux autres listes menées par un autonomiste savoisien et une socialiste, risque de semer la confusion dans l'esprit des électeurs.
«Deux à trois pourcent de l'électorat pourrait confondre nos prénoms», estime Jean-Luc, que certains au village appellent «Jean-Claude».
A l'approche du scrutin, la tension monte: Jean-Luc fuit «les repas de famille». Claude préfère ne «pas parler politique» avec son cadet par respect pour ses parents qui restent neutres.
Il ne ménage toutefois pas ses attaques contre «l'équipe municipale actuelle» qui «commence beaucoup de chantiers sans les finir».
«Il existe une usure du pouvoir, les gens s'habituent à un certain +ronron+ et oublient ceux qui les accompagnent», critique-t-il.
En face, la réponse fuse: «quand il dit que c'est une ville gérée par des +vieux croûtons+, le plus âgé, c'est lui !», dénonce Jean-Luc, selon qui le «fiasco» de l'équipe municipale à laquelle appartenait son frère dans les années 80 est à l'origine de son engagement en politique.
Pour autant, les deux frères promettent à l'unisson que la politique ne prendra pas le dessus sur leurs liens familiaux.
«On partage l'idée que la politique c'est bien mais que ce n'est pas toute la vie. Donc se fâcher pour ça, quand on sera bien vieux avec une canne, ça ne rimera plus à grand chose», dit Jean-Luc.
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