mardi 04 mars 2008 | Le Parisien

(LP/FREDERIC DUGIT.)ZOOM
Avant, ils ne pensaient même pas à voter. Puis ils se sont inscrits sur les listes électorales. Cette année, des jeunes des « quartiers » ont décidé de présenter des listes aux municipales. Pour prendre leur destin en mains.
C'EST UNE JEUNESSE des banlieues qui entend prendre son destin en mains. A Pantin (Seine-Saint-Denis) comme dans une douzaine d'autres villes d'Ile-de-France (lire ci-contre) , des listes autonomes, ambassadrices de la diversité et très largement composées de forces vives des cités, se lancent dans la bataille des municipales. Devant la supérette du quartier des Courtillières de cette commune socialiste du 9-3, Morad, Saïd, Dembo et leurs potes défendent, en ce samedi matin, les couleurs d'Une autre vie pour Pantin.
Ces habitants des tours ou de la barre HLM interminable
de 600 logements baptisée le Serpentin tractent à domicile. Ce sont, pour la plupart, des novices
en politique. « C'est mon premier engagement », lâche Morad, 22 ans, étudiant qui apprend -
timidement - à aller au contact des électeurs. « C'est bien beau de pleurer mais à un moment
donné, il faut se lever », estime Saïd, 22 ans, animateur social. « Avant, on avait l'impression
qu'on ne pesait pas dans la balance. Maintenant, on sait qu'on peut être entendus », affirme
Dembo, 30 ans, qui a voté pour la première fois de sa vie lors de la présidentielle. « La légitimité,
c'est le suffrage universel. Alors les urnes, c'est un passage obligé », réplique son voisin.
«
Avec nous,
ils ont des candidats
qui leur ressemblent »
Cabas sous le bras, Claudie, 60 ans
et Marie-Claude, 58 ans, deux des 500 aînés de ce grand ensemble sorti de terre à la fin des
années 1950, applaudissent l'initiative citoyenne : « Bravo, faut du renouveau ! » A la tête
de la liste de 43 noms, Diaby Doucouré, 30 ans, conseiller municipal sortant, étiqueté PS, est
« en congé du parti ». Ce « gamin du Serpentin » est un « déçu » de la majorité municipale.
« Le désir de mixité sociale, la volonté de séduire les bobos a conduit à privilégier certains
quartiers et à accélérer la ghettoïsation d'autres », dénonce-t-il. Dans les rangs du PS et
du PC on craint que ces « concurrents de gauche » ne leur « piquent » des voix. Même si, officiellement,
on ne les regarde pas d'un mauvais oeil. « Je regrette qu'ils ne soient pas sur la liste de
Bertrand
(
NDLR
: Bertrand Kern, le maire sortant)
. Ça me fait de la peine, on
n'a pas réussi à les rattraper. Mais je préfère les voir agir plutôt que d'être dans le
no future
», reconnaît Claude Bartolone, député socialiste de Seine-Saint-Denis, en lice aux cantonales
de Pantin-Est.
La cible de ces enfants de la dalle c'est plutôt les jeunes abstentionnistes.
« Avec nous, ils ont des candidats qui leur ressemblent », se félicitent-ils. L'éducation est
au coeur de leur programme qui préconise la gratuité des fournitures scolaires, l'attribution
de « bourses de la réussite » ou la création d'un « établissement d'excellence ».
Leur objectif
dans les urnes ? « On l'a déjà atteint, c'était de parvenir à se présenter ! Maintenant, si
on peut réaliser au moins 5 % pour être remboursés de nos frais, on sera contents. Pour payer l'impression des affiches et des professions de foi qui nous a coûté 1 500 à 2 000 € on
a chacun cassé notre tirelire », assure la tête de liste. Sur les panneaux d'affichage le tirage
au sort préfectoral a placé les nouveaux venus en numéro un, leur offrant une visibilité inespérée.
« On a un bon marabout dans l'équipe ! »
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