vendredi 11 avril 2008 | Le Parisien

AFP/INALDO PEREZ.ZOOM
Après le retour hier de l'avion envoyé à Bogotá, bien des questions se posent sur l'échec de cette « mission humanitaire ». A l'évidence, Paris a fait preuve d'improvisation et n'a pas réussi à renouer le contact avec les Farc.
LE FALCON 50 a décollé mercredi à 15 heures de la base militaire de l'aéroport de Bogotá comme il était arrivé huit jours plus tôt, en toute discrétion et sans Ingrid Betancourt. L'expédition de « l'avion de Sarkozy », comme le qualifie la presse colombienne, suscite au mieux des commentaires condescendants sur la « naïveté » des Français, au pire des sarcasmes sur l'amateurisme d'une opération décidée, sans concertation, sur la foi d'informations non vérifiées (l'état de santé alarmant d'Ingrid). Elle rappelle aussi les aventures de l'Hercules C 130, avec onze agents secrets à bord, qui, en juillet 2003, avait atterri à Manaus, en Amazonie brésilienne, non loin de la Colombie.
Après quatre jours de vaine attente dans la jungle, le
commando était reparti sans la Franco-Colombienne. Cinq ans plus tard, c'est le même fiasco
avec parfois les mêmes acteurs, comme Noël Saez, ex-consul de France à Bogotá. Même les Farc
prennent cela de haut en conseillant à la diplomatie française de mieux préparer ses dossiers
si elle veut aboutir un jour à un résultat. Souffrant d'improvisation, l'aventure du Falcon
50 avait peu de chance d'aboutir pour trois autres raisons :
1. Elle n'offrait pas de cadre
politique
de sortie de conflit aux Farc. La guérilla a subi d'importants revers militaires et
est cantonnée désormais à la jungle du Sud-Est. Son dirigeant historique, Manuel Marulanda,
80 ans, s'est fossilisé sur une vision du monde datant des années 1950 mais les commandants
quadragénaires de la guérilla se voient mal passer leurs vieux jours dans l'inconfort de la
forêt. Ils cherchent une porte de sortie que peut leur offrir Alvaro Uribe, le président colombien,
dont la popularité n'a jamais été aussi grande.
2. Elle écartait Hugo Chávez.
Le président vénézuélien,
qui craint pour son matricule depuis que ses liens avec les Farc, une organisation terroriste
selon l'Union européenne et les Etats-Unis, sont devenus de notoriété publique, fait dire qu'il
a perdu tout contact avec la guérilla depuis la mort de Raoul Reyes, son interlocuteur privilégié.
Il n'empêche qu'il continue de s'agiter en coulisses. Hier encore, la sénatrice de gauche Piedad
Córdoba, négociatrice en chef du côté colombien dans le dossier des otages, était à Caracas
chez Chávez, le seul à détenir la clé d'une négociation avec les Farc.
3. La surmédiatisation
du dossier Betancourt
fait monter les enchères. Plus on parle d'Ingrid, plus elle vaut cher
aux yeux des Farc. Et plus sa libération sera retardée. Yolanda Pulecio, sa mère, l'a si bien
compris qu'elle se tait désormais. De plus, les initiatives parfois tapageuses de Paris accentuent
encore le vacarme médiatique qui entoure Ingrid. Il est rare que les affaires de prise d'otages
se dénouent sur la place publique et sous les objectifs des caméras du monde entier.
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