lundi 21 avril 2008 | Le Parisien

(AFP/FRANCK FIFE.)ZOOM
Fort-de-France (Martinique)
ILS SONT VENUS de toute l'île, foule
bigarrée de noir et de blanc, parfois en costume traditionnel et fleurs en main, saluer leur
« grand homme », leur poète, leur « Papa Césaire ». Plusieurs milliers de personnes se sont
recueillies hier, dans la dignité et la sérénité, au stade de Fort-de-France, pour les obsèques
nationales d'Aimé Césaire, 94 ans, décédé jeudi, à l'hôpital de la ville.
Alors que le ciel
s'est éclairci des trombes d'eau de la matinée - « les larmes de Césaire », glisse un homme
- la foule écoute en silence l'adieu à l'écrivain de son grand ami Pierre Aliker, 101 ans, qui
a inauguré la valse des hommages.
Voulue sobre, civile et sans discours politique par la famille,
la cérémonie, qui a débuté à 20 h 30 heure de Paris, s'est égrenée durant près de deux heures
avant la levée du corps.
« Il nous a donné un toit
»
Sous l'oeil
rieur de l'écrivain, dont une photo, accompagnée d'une citation du « Cahier du retour au pays
natal », domine l'enceinte, chacun dans les tribunes évoque le souvenir du poète en rivalisant
d'éloquence. « Il était un père, un prophète, un grand poète et un bon maire ! » énumère Daniel,
49 ans, né et grandi dans ces quartiers de misère que l'exode rural avait fait pousser autour
de la capitale à l'époque où Césaire, maire de 1946 à 2001, député jusqu'en 1993, entamait son
mandat. « Césaire nous a donné un toit et son oeuvre a bercé mon enfance », dit cet artiste,
qui s'interrompt soudain. La foule ovationne l'ex-candidate socialiste à la présidentielle,
Ségolène Royal, qui s'avance dans l'allée d'honneur. La même foule applaudit, un brin de chaleur
en moins, l'arrivée du chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy. « Tous les Français se sentent aujourd'hui
martiniquais dans leur coeur », a affirmé le président en posant le pied sur l'île.
Dans les
tribunes, l'émotion gagne. Les regards sont rivés vers le cercueil de ce « nègre fondamental
», comme il s'était lui-même baptisé, qui repose dans un écrin de fleurs et de rubans noirs
et mauves.
Depuis vendredi, des milliers de personnes ont accouru ici en un défilé ininterrompu.
« Bien sûr qu'il va mourir le rebelle, écrivait Césaire. Il n'y aura pas de drapeaux, pas de
coup de canon, pas de cérémonie », reprend en le citant l'un des écrivains antillais venus célébrer
sa mémoire. « C'est un monument qui s'est effondré mais aussi un homme simple », décrivent Juliette
et Marie-Antoinette, 71 ans, grands-mères des Anses-d'Arlet, qui l'ont rencontré à plusieurs
reprises. « Césaire mettait une lumière dans nos coeurs ! » dit Théma, pêcheur de Case-Pilote.
Un
chant s'élève. Puis le son d'une flûte sénégalaise. « Césaire a rappelé que notre histoire a
commencé dans les cales négrières. Il a su faire reconnaître la dignité de l'homme noir, et
par là celle de l'humanité entière », souligne Frantz, fonctionnaire. « Il y a l'héritage, et
aujourd'hui le chemin qui reste à parcourir », insistent sans relâche nombre de participants.
Sur
sa tombe, au cimetière de La Joyau, se lit cette épitaphe choisie par le poète lui-même : «
La pression atmosphérique ou plutôt l'historique / Agrandit démesurément mes maux / Même si
elle rend somptueux / Certains de mes mots. » Alors que le cortège s'ébranle, un long tonnerre
d'applaudissements retentit. Debout, la foule scande un « belia pour Césaire », vivat mêlant
la danse et le cri du lutteur africain. Une procession spontanée a finalement accompagné jusqu'au
bout de la route « son rebelle ».
leparisien.fr | 21.04.08 à 08h26
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leParisien.fr avec l'AFP | 20.04.08 à 14h47


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Sports | Le Parisien | 21-04-2008