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La mort d'Aimé Césaire Didier Micoine

vendredi 18 avril 2008 | Le Parisien

(LP/MATTHIEU DE MARTIGNAC.)

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Le poète martiniquais est décédé hier à l'âge de 94 ans. Chantre de la négritude, il fut de tous les combats contre le colonialisme et le racisme. Nicolas Sarkozy assistera dimanche à ses obsèques nationales. Ségolène Royal réclame son entrée au Panthéon.

LE POÈTE MARTINIQUAIS Aimé Césaire, 94 ans, chantre de la négritude, s'est éteint hier matin au CHU de Fort-de-France (Martinique), où il était hospitalisé depuis le 9 avril pour des affections « de nature cardiologique ». Principale figure des Antilles françaises, il avait consacré sa vie à la poésie et à la politique, participant depuis les années 1930 à tous les combats contre le colonialisme et le racisme. A l'annonce de son décès, les chaînes de télévision locales ont interrompu leurs programmes pour diffuser de la musique classique ou afficher sa photo.



Ces derniers temps, sa belle écriture était devenue plus hésitante. Mais les visiteurs d'Aimé Césaire, comme en janvier dernier François Fillon et les ministres qui l'accompagnaient, repartaient souvent avec le gros volume de ses oeuvres poétiques complètes qu'il leur avait consciencieusement et amicalement dédicacées avec son stylo-plume. Au fil des ans, la visite au chantre de la négritude était devenue un passage obligé pour les politiques en transit à la Martinique. Ce « pèlerinage » agaçait beaucoup de ses amis, mais Aimé Césaire, à 94 ans et malgré la fatigue, se pliait généralement à l'exercice.

Toujours très élégant, il recevait en costume-cravate dans son bureau-musée situé au premier étage du vieux théâtre, dans l'ancienne mairie de Fort-de-France. Aidé par sa fidèle assistante, il s'asseyait face à ses interlocuteurs. Le poète n'entendait plus beaucoup et le dialogue n'était pas toujours facile. Mais ses yeux pétillaient toujours d'intelligence et le vieux sage retrouvait une partie de sa flamme en évoquant ses souvenirs avec ses condisciples Georges Pompidou et Léopold Sédar Senghor, à Normale sup, ou son camarade de lycée, le Guyanais et lui aussi futur poète de la négritude Léon-Gontran Damas. Autour de lui, beaucoup de livres, des masques africains, mais aussi, encadré sous verre, un maillot de l'équipe de France de football.

« Symbole d'espoir pour les peuples opprimés »

C'est dans son « Cahier d'un retour au pays natal », texte-manifeste publié en 1939, qu'il évoqua pour la première fois la négritude. L'homme a consacré sa vie à la poésie, la politique et sa très chère Martinique, « pauvre, petite, angoissée mais toujours espérante », comme il la qualifiait. S'il était devenu une légende, cet inlassable partisan de l'autonomie (et non de l'indépendance) de la Martinique, qui fut député de l'île pendant quarante-huit ans, et maire de Fort-de-France de 1945 à 2001, avait été de tous les combats contre le colonialisme et le racisme. Et il était beaucoup moins courtisé par les politiques de la métropole dans les années 1970. C'est avec le soutien du Parti communiste, venu le chercher pour se présenter à la mairie, que le poète était entré en politique, après la guerre. « J'étais persuadé de ne pas être élu, mais cela a été un triomphe aux élections », racontait-il sourire aux lèvres. Aimé Césaire avait quitté le PC en 1956 avant de fonder le Parti progressiste martiniquais (PPM).

Le président Sarkozy se rendra en Martinique pour assister dimanche aux obsèques nationales du poète martiniquais. Le chef de l'Etat a salué en lui un « symbole d'espoir pour les peuples opprimés », Jacques Chirac le qualifiant d'« homme de lumière » et de « sage » et François Hollande d'« homme de gauche ». L'Assemblée nationale devait observer une minute de silence à la mémoire de celui qui fut, aussi, le député ayant battu tous les records de longévité parlementaire de 1945 à 1993.

Ségolène Royal a demandé l'entrée au Panthéon de cet « éclaireur de notre temps ». Ce transfert dans le temple des « grands hommes » de la République suppose un décret en Conseil des ministres et l'accord de la famille du disparu.

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