dimanche 11 mai 2008 | Le Parisien

(LP/OLIVIER LEJEUNE.)ZOOM
A l'occasion de la Journée nationale de commémoration de l'abolition de
l'esclavage, hier, le chef de l'Etat a appelé à regarder « de façon lucide et apaisée » l'histoire
de la traite des Noirs. Il veut qu'elle soit enseignée en primaire dès la prochaine rentrée.
L'HISTOIRE de l'esclavage sera enseignée aux enfants à
partir de la prochaine rentrée scolaire. Nicolas Sarkozy, qui participait hier pour la première
fois à la journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage, a promis que cette période serait introduite dans les programmes du primaire. Et il a demandé que les collégiens et lycéens étudient l'oeuvre du poète martiniquais Aimé Césaire, disparu le mois dernier.
Une annonce plébiscitée
par les associations de Français d'outre-mer : la loi de mai 2001 sur la traite négrière et
l'esclavage prévoyait bien que les programmes scolaires accordent à ce sujet une place « conséquente
», mais elle est restée lettre morte.
« Trop jeunes pour
aborder un sujet
aussi complexe
»
Il faut que « nos enfants puissent comprendre ce qu'a été l'esclavage » car c'est « l'histoire
de tous les Français », a justifié un Sarkozy très solennel - et sans lunettes noires malgré
le soleil -, lors de la cérémonie dans les jardins du Luxembourg, près du Sénat. Reste à savoir
si cette idée, comme sa proposition sur la Shoah en février, ne heurtera pas les enseignants,
voire les parents d'élèves...
En revanche, succès garanti dans le public de quelques centaines
de personnes. « Le fait qu'il dise aussi solennellement et aussi fortement que c'est l'histoire
de France, c'est tout à fait satisfaisant », salue Christiane Taubira, députée radicale de gauche
de Guyane. Même accueil favorable quelques kilomètres plus loin, dans le cortège de la Marche
des libertés, où près de 5 000 personnes défilaient à l'appel du Cran (Conseil représentatif
des associations noires). « C'est une bonne occasion pour la France d'assumer son histoire...
et de reconnaître ses erreurs », s'enthousiasme Christiane, Martiniquaise installée à Paris.
Josette, Parisienne d'origine antillaise, est plus mitigée. « C'est bien que cette partie de
notre histoire soit enseignée. Mais pas aux élèves de primaire. Ils sont trop jeunes pour aborder
un sujet aussi complexe. »
Sarkozy s'est aussi efforcé d'enterrer la polémique sur la date de
commémoration de l'esclavage. C'est Jacques Chirac qui avait choisi le 10 mai. Une date boycottée
depuis par une partie des associations, qui préféraient le 23 mai en souvenir de la marche qui
avait réuni près de 40 000 Français ultramarins à Paris en 1998. Sarkozy a donc décidé de... ne
pas trancher. Le 10 mai restera la journée officielle de commémoration de l'abolition, et le
23 mai deviendra celle à la mémoire des victimes de l'esclavage. Les territoires d'outre-mer
pourront conserver leur propre date. Résultat : pas moins de sept dates coexisteront désormais
!
Pourtant très hostile à la « repentance », Sarkozy a surpris hier en évoquant la « tragédie
» de l'esclavage, « blessure profonde qui pèse encore sur nos consciences ». Un discours un
peu trop « parfait » pour la députée socialiste de Paris George Pau-Langevin, originaire de
Guadeloupe, qui rappelle le discours controversé du président à Dakar. « Son problème, c'est
que c'est un homme qui a des vérités successives. »
Seul couac de la journée, l'absence à la
cérémonie de Jacques Chirac. A l'Elysée, on jure qu'il a bien été invité par les services du
Sénat. Mais dans l'entourage de l'ancien président, on n'a reçu aucun carton d'invitation...

JARDIN DU LUXEMBOURG (PARIS VI
e
), HIER.
Mini-bain de foule pour Nicolas Sarkozy après son discours sur
la « tragédie » de l'esclavage
.
PARIS, HIER.
Près de 5 000 personnes ont participé à la Marche des libertés
.
(LP/OLIVIER LEJEUNE.)
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