L'INVITÉ DU DIMANCHE : BERNARD ACCOYER
« Sur les OGM, la raison doit l'emporter »
Propos recueillis
par Nathalie Schuck
et
Dominique de Montvalon
dimanche 13 avril 2008 |
Le Parisien

(LP/JEAN-BAPTISTE QUENTIN.) ZOOM
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MÉDECIN et
élu de la Haute-Savoie, Bernard Accoyer est président de l'Assemblée nationale. Pivot de la
majorité, c'est l'un des hommes clés de la galaxie UMP.
Le projet de loi sur les OGM a provoqué
à l'Assemblée des remous et presque
des violences...
Bernard Accoyer.
Cette transposition de deux
directives européennes a fait l'objet, depuis sept ans, de tergiversations sans fin. Ce retard
a d'ailleurs entraîné des sanctions puisque la France est menacée, à cause de cela, de payer
38 millions d'euros. Or, derrière les OGM, il y a aujourd'hui une forme de doute, une sorte
de peur...
Une peur
que vous comprenez ?
Je comprends que des craintes puissent s'exprimer à l'occasion
d'une avancée technologique, sans doute insuffisamment expliquée. Cela étant, nous avons assisté
à une gigantesque opération de manipulation de l'opinion, qui a déséquilibré le jugement des
Français. Pendant ces sept années de vide juridique, il y a eu en effet une série d'actions
violentes conduites par certains altermondialistes idéologues. Leur opération de communication
a été, il faut le reconnaître, un vrai succès. Un militant détruisant un champ d'OGM devant
les caméras et face aux forces de l'ordre, ce sont des images tellement fortes ! L'amalgame,
le raccourci, l'approximation ont prévalu sur la parole des scientifiques. Les accusations et
la caricature l'ont emporté sur l'objectivité. Un seul exemple : la mise en cause systématique
de l'impartialité, voire de la déontologie, de tous ceux qui tentent, de bonne foi, de défendre
un autre point de vue dans ce débat. Résultat : l'opinion a été majoritairement troublée. Dans
ce contexte, la discussion à l'Assemblée a été forcément très difficile.
Comment expliquer le psychodrame qui s'est joué autour de la secrétaire d'Etat à l'Ecologie,
Nathalie Kosciusko-Morizet ?
Je regrette que la présence gouvernementale à l'Assemblée, pendant les débats, ait été réduite
aux deux ministres chargés de l'environnement
(NDLR : Jean-Louis Borloo et NKM).
Les enjeux
sont importants : il faut trouver un équilibre entre le respect de l'environnement, la protection
de notre agriculture, la défense de notre économie et de notre recherche. Or nous n'avons vu
au banc du gouvernement ni Michel Barnier
(NDLR : le ministre de l'Agriculture)
ni Valérie Pécresse
(NDLR : la ministre de la Recherche).
Cela peut expliquer beaucoup de choses.
« Fermer la porte
aux
biotechnologies
serait suicidaire »
Nathalie Kosciusko-Morizet a-t-elle péché
par arrogance
?
Non. Mais sa position n'a pas toujours été en phase avec celle de la majorité à laquelle elle
appartient. C'est une situation que le Premier ministre a dû gérer avec doigté. Pour elle aussi,
ce n'était sûrement pas facile de trouver la juste voie.
Elle n'aurait pas dû embrasser José
Bové pendant sa grève de la faim de janvier, lui reprochent
les députés UMP...
La question peut
se poser lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui s'est rendu coupable d'actions illégales de destruction
au mépris du travail des chercheurs et des paysans. Mais allons à l'essentiel. Depuis qu'il
y a des fauchages volontaires en France, les cultures expérimentales dûment autorisées de plantes
génétiquement modifiées sont passées de 115 en 1997 à 13 en 2007. Et cette année, il n'y en
aura sans doute pas. Tout l'avenir de notre agronomie, de notre recherche, de nos médicaments,
de la lutte contre la mucoviscidose, contre certaines maladies orphelines ou certains cancers
est remis en cause. Nos chercheurs s'en vont ou sont déjà partis. Avant Bové, la France était
l'un des tout premiers pays au monde dans le génie biomoléculaire. Aujourd'hui, elle est en
passe de ne plus exister dans ce domaine. Pendant ce temps-là, les surfaces d'OGM cultivées
dans le monde augmentent chaque année de plus de 20 %. C'est à ce jour l'une des meilleures
solutions pour relever le défi de l'alimentation de l'humanité. On ne sait pas préserver notre
ressource en eau, ni éviter les utilisations excessives de produits phytosanitaires qui polluent
les nappes phréatiques sans ces technologies d'avenir. Or certaines pollutions chimiques peuvent
être effectivement cancérigènes. Voilà la vérité scientifique.
Vous êtes passionné...
Je suis
entré tardivement en politique. Je suis médecin. Je lis régulièrement la presse scientifique.
Et je suis décontenancé par les mensonges énormes et les amalgames inimaginables qu'on a entendus
à l'envi dans l'hémicycle. Toutes les positions dogmatiques sont inacceptables, comme le sont
tous les sectarismes.
Qui visez-vous ?
Je pense à ceux qui veulent, surtout sans le dire, une
France sans aucun OGM, sans progrès.
Vous souhaitez que, sur
les OGM, la clarification aille
jusqu'au bout ?
Evidemment !... Dans notre pays - celui des Lumières - seule la raison doit
l'emporter.
Les députés UMP sont parfois jugés rétrogrades
sur les questions d'environnement...
C'est
tellement facile... Faut-il rappeler que c'est l'UMP qui a porté la charte de l'environnement
? Mais la France n'est pas dans une bulle de verre ! La défense de l'environnement passe aussi
par l'utilisation des nouvelles technologies. On ne peut que se tourner vers le progrès pour
relever les défis : c'est l'histoire de l'humanité. Si l'on n'avait pas accepté le nucléaire,
nous n'aurions pas les moyens de lutter modestement contre les excès de consommation d'énergie
fossile et contre l'effet de serre. Si nous n'avions pas maîtrisé les technologies de la vaccination,
de la manipulation génétique pour créer les vaccins et, par exemple, éradiquer la rage, il y
a des tas de problèmes majeurs que nous n'aurions pas surmontés. De façon générale, soyons pragmatiques.
Sans renier les engagements du Grenelle de l'environnement, ni le principe de précaution. Mais
sur les biotechnologies, il ne faut pas fermer la porte à tout ! Ce serait suicidaire.
Le président
de
la République doit-il avoir
le droit demain, à la faveur de la révision constitutionnelle,
de venir s'exprimer devant
le Parlement ?
Il n'est pas illégitime qu'un chef de l'Etat puisse
s'exprimer directement devant les parlementaires français, comme devant les médias ou devant
d'autres parlementaires, ainsi que Nicolas Sarkozy l'a fait à Londres. Une intervention par
an, ce serait bien. Mais il y a aussi des circonstances importantes - par exemple la décision
d'envoyer des troupes à l'étranger - qui justifieraient une communication du chef de l'Etat
devant les députés et sénateurs. Il faut en débattre.
Que pensez-vous du revenu de solidarité
active (RSA) dont l'avenir n'est pas assuré ?
Le RSA est conforme à notre volonté de réhabiliter
la valeur travail. Cette excellente idée de Martin Hirsch mérite d'être soutenue et mise en
oeuvre au rythme des contraintes financières, tout comme sa proposition de créer un bouclier
sanitaire, seul moyen de relever le défi de la hausse des dépenses de soins, inéluctable avec
le vieillissement de la population et le progrès des traitements. C'est une réponse juste parce
qu'elle tient compte des revenus des familles.
Fallait-il remettre en cause
la carte
famille nombreuse ?
Je suis totalement opposé à ce que la nation ne manifeste pas concrètement
une solidarité élémentaire à l'égard des familles nombreuses. Le président de la République
a été très clair sur ce sujet. Je l'approuve totalement.
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