lundi 14 avril 2008 | Le Parisien

LP/JEAN-BAPTISTE QUENTIN.ZOOM
Du nouveau pour les 10,5 millions de Français traités pour l'hypertension : un vaccin vient d'être mis au point. Les tests sur l'homme sont prometteurs. Il soigne mais ne prévient pas la maladie responsable d'accidents cardio-vasculaires.
ON DIT d'elle que c'est l'une des maladies du siècle. En France, ils sont 10,5 millions à se faire traiter contre l'hypertension artérielle (qui correspond à la pression du sang dans les artères). Un traitement certes efficace, mais contraignant puisqu'il doit être pris quotidiennement et, la plupart du temps, à vie.
L'annonce de la mise au point d'un vaccin thérapeutique, actuellement
testé sur l'homme en Suisse, représente pour eux un énorme soulagement car il suffirait d'un
nombre limité d'injections par an pour se soigner.
D'autant que les résultats qui viennent d'être
publiés dans la revue médicale britannique « The Lancet » sont plutôt prometteurs : une baisse
significative de la tension a été observée, particulièrement le matin au réveil, le moment le
plus propice aux accidents cardio-vasculaires chez ces patients. L'idée des chercheurs de la
société Cytos Biotechnology, à l'origine de cette découverte, est d'obliger le système immunitaire
du malade à bloquer une molécule, - l'angiotensine II -, qui, par son rôle vasoconstricteur,
est responsable de l'augmentation de la pression sanguine.
Ce vaccin en phase d'essai clinique
- il ne devrait pas être disponible avant cinq ans - (sur 72 « cobayes ») s'est révélé être
bien toléré, surtout chez les hypertendus légers. Mais, pour les spécialistes français de l'hypertension,
« c'est là où le bât blesse » : « On obtient l'effet équivalent à la prise d'un cachet par jour,
or, la majorité des patients (près de 66 %) a besoin de deux, voire de trois cachets par jour,
pondère Jean-Jacques Mourad, le président du Comité français de lutte contre l'hypertension
artérielle, chef de service de médecine interne à l'hôpital Avicenne. Et puis, on attendrait
d'un tel vaccin qu'il prévienne de l'hypertension... Là, il ne fait que traiter des gens hypertendus.
» Nombre de médecins craignent aussi, en dopant ainsi le système immunitaire, de voir favoriser
l'apparition de maladies auto-immunes (déclenchées par l'organisme contre lui-même).
«
Utiliser notre propre
système immunitaire
»
Rien qui n'arrête les labos. Les Suisses
ne seraient pas les seuls à développer un tel vaccin. Une société britannique y travaillerait
aussi. Cette concurrence acharnée pour attraper la manne constituée par les 600 millions d'hypertendus
dans le monde symbolise les nouvelles orientations de la recherche : étendre l'utilisation des
vaccins aux maladies chroniques les plus répandues à l'heure actuelle. « Notre étude, confirme
le docteur Martin Bachmann, le directeur scientifique de Cytos Biotechnology, est le résultat
de nos efforts en recherche fondamentale et appliquée pour utiliser notre propre système immunitaire
afin de nous protéger non seulement des maladies infectieuses, mais aussi de maladies chroniques
comme l'hypertension. »
Ces dernières années
ont ainsi été testés
des vaccins
contre l'obésité
(élaboré puis abandonné par Cytos en 2005, mais testé depuis par des
Américains sur des rats, il réussit à fabriquer des anticorps contre l'hormone qui favorise
la prise de poids)
, contre le tabagisme (au moins quatre sociétés l'expérimentent en
tentant de neutraliser l'action de la nicotine), ou encore contre Alzheimer (abandonné en 2002
après des cas d'encéphalites, il fait de nouveau l'objet de recherches).
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