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Le prélèvement d'organes sur « coeur arrêté » fait débat Alexandra Echkenazi

mardi 15 avril 2008 | Le Parisien

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Prélever des organes, même si le cerveau n'est pas officiellement mort... Cette technique dite du coeur arrêté , expérimentée en France, sème le trouble au sein du corps médical. Car on sait ranimer des patients en long arrêt cardiaque.

A PREMIERE VUE, c'est une bonne initiative puisqu'elle devrait permettre de raccourcir la longue liste des personnes en attente de greffe. Mais à l'arrivée, la technique de prélèvement d'organes dite sur coeur arrêté, lancée pour le rein à titre expérimental - et en toute discrétion - par l'Agence de biomédecine dans une dizaine de centres de transplantation depuis le mois d'octobre 2006, sème le trouble au sein des personnels hospitaliers. Il y a deux mois, à l'Espace éthique de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris, le cas d'un homme de 45 ans destiné au prélèvement selon cette nouvelle technique a jeté le trouble dans la communauté médicale .

Car son coeur est finalement reparti après une heure trente d'arrêt cardiaque (lire encadré) .

Elle permet d'élargir le cercle des donneurs. La technique sur coeur arrêté consiste à prélever des organes sur des personnes en état d'arrêt cardiaque, et non pas en état de mort cérébrale, comme c'était de coutume jusqu'ici en France. Selon cette nouvelle méthode - pratiquée aux Etats-Unis et dans quelques pays européens - on devient un donneur potentiel après une réanimation cardiaque de trente minutes et le constat de l'absence de reprise de battements du coeur sur un électrocardiogramme durant au moins cinq minutes. Jusqu'ici, seules les personnes dont le cerveau était irrémédiablement mort - mais avec le coeur battant - étaient intégrées au processus du don d'organe. L'intérêt de la nouvelle méthode : élargir le cercle des donneurs d'organes. A ce jour, en France, soixante prélèvements de rein ont été effectués ainsi.

Une course contre la montre. L'inconvénient : transformer le prélèvement en une course contre la montre, puisque l'équipe médicale n'a que cent vingt minutes - contre un à deux jours avec la technique usuelle - avant que les organes ne soient plus irrigués par le coeur, et donc inutilisables. « Parler de don d'organe à une famille quelques minutes à peine après le constat du décès peut s'avérer très violent. La mort encéphalique, elle, permet de prendre son temps. C'est une question sur laquelle on réfléchit », avoue Marc Guerrier, responsable du groupe de travail sur ce thème à l'Espace éthique de l'AP-HP. Autre sujet abordé par cet espace de discussion : la difficulté du personnel de mener en même temps deux tâches opposées dans l'intention. « D'un côté, ils font tout pour réanimer la personne, d'un autre, ils montent le dossier d'un éventuel prélèvement. Psychologiquement, ce n'est pas toujours évident », admet l'éthicien.

Des réanimateurs qui s'interrogent. Mais pour les professionnels de la réanimation, la vraie question est celle des moyens mis en oeuvre pour faire repartir le coeur avant que le patient soit considéré comme mort. « Il existe des techniques qui permettent de faire repartir le coeur au bout de deux heures d'arrêt cardiaque. Le problème, c'est que les machines qui permettent cela ne sont pas disponibles sur tout le territoire », affirme le professeur Gilles Grollier, du CHU de Caen, promoteur en France de la « ressuscitation », une méthode qui permet de faire survivre 30 à 40 % des victimes de mort subite contre 3 % habituellement. « On en revient au problème de l'inégalité d'accès aux soins. La méthode du prélèvement sur coeur arrêté est une bonne technique si l'on dispose de tous les outils pour réanimer la personne, ce qui est le cas en Ile-de-France mais pas partout... » commente Christophe Prudhomme, du Samu 93, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France. Mais pour l'Agence de biomédecine, la ressuscitation n'a fait l'objet d'aucune étude et son efficacité n'a pas encore été prouvée à grande échelle.

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