jeudi 22 mai 2008 | Le Parisien

(LP/OLIVIER LEJEUNE.)ZOOM
Pour des habits de marques ou un lecteur MP3, certains adolescents sont prêts à troquer leur corps. Ce phénomène, évoqué pour la première fois ce soir lors d'une réunion publique dans le Val-d'Oise, inquiète les spécialistes de l'enfance.
«Tu veux ma photo ? C'est 3 € . » Mutines, inconscientes, effrayantes, de plus en plus d'adolescentes monnayent leur image dénudée. Quand elles ne troquent pas leur corps contre un lecteur MP3 dernier cri.
Les éducateurs et les psys parlent prudemment de « comportements pré-prostitutionnels ».
Pourtant, si le phénomène reste marginal, tous s'en inquiètent de plus en plus ouvertement.
Ainsi, pour la première fois, une conférence publique est organisée ce soir à Villiers-le-Bel,
dans le Val-d'Oise, notamment pour sensibiliser les familles sur l'existence de ces conduites
à risques, dangereuses autant que dérangeantes tant elles concernent des « gamines ».
Absence
de repères
Dans ce département, où a été créé en 2002 un comité de pilotage de la lutte contre
la prostitution - réunissant la Direction des affaires sanitaires et sociales (Ddass), la police
et l'inspection académique -, les adultes ont ouvert des yeux ronds, ces deux dernières années,
en découvrant les « affaires » remontant des établissements scolaires. « C'est un phénomène
caché et occasionnel, mais qu'on voit vraiment évoluer », explique Dominique Lhuillery, qui
travaille dans une association de lutte contre la prostitution, l'Amicale du nid. « Les jeunes
filles vendent leur corps pour des raisons futiles, comme avoir la même paire de chaussures
que la copine. »
Ni vraiment vénales ni vraiment conscientes de ce qu'elles font, ces ados sont
avant tout, veulent croire les professionnels de la protection de l'enfance, des « victimes
dont les repères et les limites sont totalement brouillés ». A 14 ans, aujourd'hui, les filles
sont près de 40 % à avoir déjà visionné un film pornographique. « On connaissait une prostitution
d'étudiantes, en lien avec la précarité. Là, c'est différent », analyse Dominique Versini, la
défenseur des enfants, dont le dernier rapport plaide pour une meilleure prise en charge des
ados en souffrance. « C'est la traduction d'une ambiance générale : un contact avec la pornographie
de plus en plus jeune, une image du corps de la femme dégradé au rang de marchandise, une société
où tout se réduit à l'argent... C'est terrible pour les jeunes les plus fragiles. »
Ranson
Economie | Le Parisien | 22-05-2008