LIVRE.
André Manoukian : « Je suis une allumeuse » Propos recueillis par Yves Jaeglé
mardi 19 février 2008 | Le Parisien

LP/ALAIN AUBOIROUX.ZOOM
Musicien et producteur, il aime le jazz et les chanteuses à la voix grave. Il raconte sa vie, intime et professionnelle, dans « la Mécanique des fluides », une autobiographie pleine de ces envolées chères au juré de « Nouvelle Star ».
LE MUSICIEN et producteur qui a révélé Liane Foly, juré de la « Nouvelle Star » depuis les débuts de l'émission, rempile avec trois nouveaux membres du jury - Lio, Sinclair et Philippe Manoeuvre - à partir de jeudi sur M 6. Il publie à cette occasion une truculente autobiographie, « la Mécanique des fluides », qui sort également après-demain. Il y dit tout, ou presque, de ses relations énamourées et compliquées avec les chanteuses, et d'abord de sa muse principale, avec qui il a vécu sept ans.
Confessions.
« Liane Foly, c'est une forme d'idéal pour moi
»
Liane Foly a lu votre livre ?
André Manoukian.
Non !
(Il rit.)
Va-t-elle apprécier le récit
de votre première nuit ensemble ?
En même temps, ça va lui rafraîchir la mémoire, parce que
l'autre jour, elle ne se souvenait plus de l'endroit où l'on s'est embrassés la première fois.
Ça m'a tellement énervé... Peut-être que ce bouquin sert à exorciser, parce qu'elle me hante toujours.
C'est en écrivant que j'ai compris ce qui me fait vivre : le son de la voix, le gémissement
d'une femme qui s'abandonne, c'est la plus belle mélodie, celle que Mozart n'aurait jamais pu
écrire. J'ai fait ce livre pour comprendre pourquoi je plonge dès qu'une jeune femme chante
avec une voix grave des chansons d'un certain registre. Liane, c'est une forme d'idéal pour
moi : la femme, la chanteuse, la muse, la sirène... C'est trop lourd à porter, et elle s'est cassée.
Il m'a fallu tout un travail de psychanalyse pour en sortir. Au-delà de l'histoire d'amour,
c'était aussi nos débuts à tous les deux, et ça, on s'en rappellera toujours. Quand on a quitté
Lyon pour se pointer avec une valoche à Paris, on ne savait pas où aller, et tout à coup, dans
la brume, on voit Star Hôtel...
Avant, vous avez galéré, musicien en quête d'une chanteuse diamant
brut à produire...
A l'époque, j'avais passé deux ans à auditionner plein de filles. La chance,
ça se planifie et ça se mène un peu comme une bataille. Moi, la recherche de la « nouvelle star
», je l'ai fait tout seul et sans budget, il y a déjà vingt piges.
Vous produisez le premier
album de Gaëtane Abrial, troisième de « Nouvelle Star » l'an dernier. Elle, vous en êtes amoureux
musicalement ou vraiment ?
Ce n'est pas sur le plan de l'amour physique ! Mais j'ai besoin de
l'émotion que me procurent les voix pour être embarqué. Je produis tout l'album seul, en indépendant,
c'est un engagement total, on ne peut y arriver qu'en étant amoureux d'une voix, comme avec
Malia
(NDLR : chanteuse américaine qu'il produit),
ou alors on devient un mercenaire. Et puis,
avec Gaëtane, on a signé vingt ans après, exactement le même jour de novembre, dans la même
maison de disques qu'avec Liane Foly.
Donc, vous êtes sentimental. Et séducteur ?
Je donne l'impression
d'être un séducteur beaucoup plus que je ne le suis. Je suis une allumeuse plutôt qu'un prédateur.
La figure féminine me console et m'inspire. Mais j'en ai consommé très, très peu. Petit, j'ai
été élevé par des femmes, j'ai peut-être cette nostalgie, comme l'enfant d'Orient qui a le droit
d'entrer dans le harem. Je me glissais dans le magasin de mes parents, me cachant dans les cabines
d'essayage... Mon père était tailleur, il faisait du sur-mesure pour femmes. Moi, c'est ce que
je fais, du sur-mesure pour chanteuses.

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