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Le truand qui rêvait d'être star Propos recueillis par Hubert Lizé

mercredi 16 avril 2008 | Le Parisien

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Dans son film « Sans arme, ni haine, ni violence », Jean-Paul Rouve retrace la vie en cavale d'Albert Spaggiari, auteur du fameux casse de Nice. L'acteur et réalisateur y montre le truand sous un jour pathétique et mégalo.

POUR SON PREMIER long-métrage, une comédie policière, Jean-Paul Rouve ressuscite la légende d'Albert Spaggiari, le cerveau du casse de la Société générale de Nice en juillet 1976, mort d'un cancer treize ans plus tard au terme d'une longue cavale. Basée sur des faits authentiques mais mêlant réalité et fiction, cette évocation de la vie du truand, qui démarre après son évasion du tribunal de Nice, dévoile les aspects attachants, mais aussi pathétiques et inquiétants du personnage, qui a longtemps exercé une certaine fascination.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de tourner une comédie sur Albert Spaggiari ?

Jean-Paul Rouve.

C'est un documentaire sur lui où l'on assistait à sa rencontre avec Ronald Biggs, l'auteur de l'attaque du train postal en Angleterre. Voir ce mec avec sa perruque, ses fausses moustaches, sa chemise à fleur, qui baragouinait en anglais face à Biggs, ça m'a scotché. C'est le décalage entre son comportement de guignol et ce qu'il avait fait - le casse du siècle ! - qui m'a intéressé.

Etiez-vous fasciné par l'audace de son cambriolage et de son évasion ?

Non, pas du tout. D'ailleurs, je n'ai voulu faire ni un « biopic » ( NDLR : biographie filmée ), ni un film d'action sur le casse dans les égouts. Ces faits sont reconstitués dans le film, où seule la rencontre avec le journaliste joué par Gilles Lellouche est romancée. Mais ce qui m'a passionné, c'est son obsession à vouloir devenir une vedette. Il n'était pas du monde des truands, l'argent l'intéressait finalement assez peu. Après avoir parlé avec des gens qui l'ont côtoyé, je suis persuadé que, s'il avait pu accéder à la notoriété autrement, il l'aurait fait. Spaggiari voulait être connu. C'était très moderne pour l'époque, comme attitude ! Il était fasciné par Alain Delon et tellement mégalo qu'il pensait lui ressembler. C'était un gamin, cela en était presque touchant.

« Il a piqué les trucs des artistes pour se faire remarquer »

Un gamin tout de même en cheville avec des truands chevronnés. Vous avez conscience de le rendre sympathique ?

Mais il est sympathique, c'est indéniable. Et alors ? La sympathie n'est pas une valeur morale. On peut être un salopard et être sympathique. Spaggiari a des côtés sombres comme chacun d'entre nous, et je ne les occulte pas. On voit qu'il est raciste, colonialiste. Et on démythifie le côté « sans arme, sans haine, ni violence ». En fait, dans la banque, ils possédaient des armes ! C'est un slogan publicitaire que Spaggiari a inventé pour marquer le public. Comme il a mis au point sa silhouette et son look pour accéder au rang de star. Ses costards, ses perruques, c'est Piaf et sa petite robe noire. Il a piqué les trucs des artistes pour se faire remarquer.

On découvre en fait qu'à la fin de sa cavale, Spaggiari menait une vie assez misérable...

Oui, c'est ça aussi qui m'intéressait. La différence entre l'image du flambeur qu'il voulait donner, et ce type un peu pathétique qui rentrait vivre dans son HLM avec sa femme. Derrière la gloriole, le panache, un être humain ordinaire et plein de mélancolie qui ne rêvait que d'une chose, comme tous les truands en cavale, rentrer chez lui.

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