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Mon quart d'heure avec Clooney Marie Sauvion

mercredi 23 avril 2008 | Le Parisien

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Avec « Jeux de dupes », qui sort aujourd'hui sur 167 écrans en France, George Clooney signe sa troisième réalisation. Dans cette comédie à l'ancienne, l'acteur de 46 ans fait la preuve de tout son charme. Nous l'avons rencontré.

«EST-CE QUE tu veux rencontrer George Clooney pour Jeux de dupes ? » Vite, faire semblant de réfléchir et, après un silence d'au moins trois dixièmes de seconde, lâcher un « d'accord » admirablement désinvolte. Tout ça pour prouver qu'on n'est pas une fille facile. Alors que si, bien sûr, puisqu'on est même prête à accepter l'inacceptable pour approcher l'Idole : un « junket ».

Cinq journalistes simultanément, un quart d'heure seulement. Le junket ou le degré zéro de l'interview, l'antithèse de l'intimité, la fin de la confidence sur canapé. En même temps, c'est ça ou rien (et George nous tend les bras).

Le jour J, au 5e étage d'un palace parisien. Tandis que l'acteur et metteur en scène de 46 ans se sustente à l'autre bout de cette suite immense, la presse patiente au salon, dans ses petits souliers. Ambiance dorures et chuchotis. Tractations, aussi : il faut s'accorder sur les thèmes à aborder. Pas de panique, chacun aura droit à ses deux pauvres questions. Et saura, après exactement quatorze minutes et quarante-neuf secondes d'entretien, pourquoi Clooney est une star parmi les stars.

George est beau. Non, en fait, il est sublime. Grand, mince, halé, manucuré, avec une poignée de main idéale et une voix aphrodisiaque. Une perfection au sourire qui tue, genre 64 dents blanches à vous illuminer une nuit sans lune. En plus, il vous écoute comme si sa vie en dépendait, en plissant le front et les yeux, puis vous répond comme si vous étiez la dernière femme sur Terre. Une machine de guerre. Hugh Grant peut aller se rhabiller.

George est maso. « Jeux de dupes » est sa troisième réalisation après « Confessions d'un homme dangereux » et « Good Night, and Good Luck » et, cette fois, il s'est gardé le rôle principal, celui d'un joueur de football américain. L'occasion de se faire cogner, piétiner, traîner dans la boue et aussi constamment traiter de papy. « C'est moi qui ai rajouté ces répliques », rit l'intéressé. A-t-il souffert pour la cause ? « Ben oui, je suis vieux ! J'ai beau être sportif et jouer au basket deux ou trois fois par semaine, chez moi, avec mes copains, le foot c'est très différent. Sur le tournage, j'ai pris des coups, j'étais plein de bleus. » Pile notre couleur préférée.

George est rétro. Son premier long-métrage se passait dans les années 1970, le deuxième dans les années 1950, celui-ci en 1925. « Je compte remonter jusqu'à la Renaissance », plaisante notre Jojo à nous. Nostalgique des grandes comédies de l'âge d'or hollywoodien, il promet toutefois de se pencher bientôt sur notre triste époque : « L'an prochain, j'adapterai une pièce de théâtre qui se jouera bientôt à New York. Farragut North parle des coulisses d'une campagne présidentielle et de ce qu'on est prêt à faire pour gagner, pas tant du côté des candidats que de celui de leurs conseillers, les spin doctors... »

George est un héros. C'est acquis, Cloocloo kiffe trop la politique (ne JAMAIS lui avouer qu'on s'est abstenue aux cantonales de 1992). Malgré son problème d'addiction aux jeunes serveuses - la rumeur, cette grosse jalouse, dit que la dernière en date sortirait tout droit de la prestigieuse académie de strip-tease de Las Vegas - l'Etre Aimé se démène pour sauver le Darfour, oeuvre au financement d'hélicoptères destinés à l'ONU, déjeune avec Gordon Brown et dîne avec Bernard Kouchner, qu'il « apprécie beaucoup ». Forcément, il soutient Barack Obama : « A moins d'une bourde, il ne peut pas perdre l'investiture démocrate, se passionne Clooney. Barack incarne un grand changement, l'Amérique a besoin de l'excitation d'un visage neuf. D'habitude, les jeunes protestent, mais ne votent pas. Grâce à Barack, c'est fou, il y a deux ou trois millions de nouveaux électeurs ! »

George aime les JO. « Je suis pour toute forme de protestation, sauf le boycott des Jeux olympiques. Ce ne serait pas juste pour les athlètes qui se sont entraînés toute leur vie. En revanche, boycotter les cérémonies d'ouverture ou de clôture me paraît très efficace si on arrive à motiver assez de gens. S'ils ne sont qu'une poignée à le faire, ça aura l'air faible. »

N'empêche, George a tout faux. La preuve : au terme de ce quart d'heure d'extase, il nous a laissé partir.

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