FOOTBALL, CARQUEFOU (CFA 2) - PSG (L 1).
Le rêve pas si fou de Carquefou face au PSG Farid Zouaoui (avec J.-Y.Q.)
mercredi 16 avril 2008 | Le Parisien

(AFP/FRANCK PERRY.)ZOOM
Menacé de relégation en Ligue 2, le PSG a choisi d'expédier sa jeune garde pour affronter Carquefou, tombeur de Nancy et de Marseille aux tours précédents. Toute la région croit à l'exploit.
SUR LA ROUTE menant au centre-ville, de drôles de fruits poussent dans les arbres. Ce sont des ballons vert et blanc. A Carquefou, sage banlieue nantaise de 17 000 habitants, on a hissé les couleurs.
Celles de l'Union sportive Jeanne-d'Arc (USJA), le club de foot entré dans les foyers et le coeur de la France du foot. Depuis près d'un mois et la surprise-partie contre l'OM (1-0) en 8e de finale, la « carquefoumania » fait tourner
les têtes. Calicots, drapeaux, écharpes : toute la panoplie du parfait supporteur est de sortie.
Un panneau publicitaire prévient même gentiment le visiteur débarquant de Paris : « Ils ont
la tour Eiffel et les Champs-Elysées. Nous, on a l'USJA ! »
« Une telle euphorie,
ça donne des
frissons »
Rue du 9-Août-1944, une maman et ses deux filles se promènent, écharpes au vent.
Pas très loin, il y a Antonio, combinaison de travail verte et petites antennes sur la tête.
Monté sur des mini-échasses, cet artisan plombier vous toise en rigolant. « Ici, on prend de la hauteur ! » Près de lui, ses amis ne chôment pas. Pendouillant au mur, une banderole sur laquelle on peut lire « Tous fous de Carquefou » ne laisserait pas insensible un célèbre lunetier.
Ce soir, avec 36 500 spectateurs attendus, Carquefou va faire pâlir de jalousie le grand frère du FC Nantes qui a rassemblé un peu moins de 19 000 personnes lundi contre Boulogne-sur-Mer
(3-0) en Ligue 2.
La dernière curiosité du foot français est entrée dans une nouvelle dimension.
Le 21 mars, les Carquefoliens avaient même droit à un article et à une photo dans le « New Sabbah
Times », un quotidien de Malaisie. Christine est fière de résider dans la ville du Petit Poucet
: « Sur Internet, dès que je dis à mes correspondants que je suis de Carquefou, ils me parlent foot ! » Sa seule inquiétude, ce sont les supporteurs parisiens : « J'espère que ça va bien se passer. Avec le PSG, ça craint... »
Pour le club du président Michel Auray, la roue de la fortune
n'en finit pas de tourner. La demande de billets (80 000) a explosé et certaines places se vendent
jusqu'à 160 € sur eBay. Avec la recette de ce soir et sans compter l'éventuelle prime de qualification
(305 000 €), les bénéfices s'élèvent déjà entre 500 000 et 600 000 € (la moitié sera reversée
aux joueurs). Dotée d'un budget de... 460 000 €, l'USJA a les poches qui craquent. Artisanal,
le merchandising n'en est pas moins juteux : 2 000 bouteilles de muscadet labellisées Coupe
de France sont ainsi sorties des caves du seul et malin viticulteur de la ville. 7 000 écharpes
à 10 € ont été fabriquées et 1 500 étoffes immortalisant les matchs contre Nancy (2-1 a.p.)
et l'OM ont été rééditées. On peut ajouter 2 000 tee-shirts et le fameux CD pressé à 500 exemplaires
et vendu 5 €. Au Dauphin, le bar qui sert de QG aux joueurs, Sylvain, le serveur, s'est transformé
en VRP : « On vend de tout ! » En face, à la boulangerie, les gadgets partent aussi comme des
petits pains. « Je ne suis pas très foot, mais je me suis mise dans le bain, confie Marie-Françoise.
Une telle euphorie, ça donne des frissons. » Ce soir, elle assurera la fermeture pendant que
son mari, son gendre et son petit-fils se rendront au stade. Les veinards ! Pour les moins chanceux,
un écran géant sera installé au stade du Moulin-Boisseau. Et tant pis si Paul Le Guen a choisi
de faire souffler ses vedettes. Le président Auray n'est pas chagriné : « Je le comprends, mais
ce sera quand même du haut niveau. Même si la marche est haute, j'espère qu'on fera encore rêver
les gens. » Que demander de plus ?







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