Le trader est accusé d'avoir pris des engagements financiers non-autorisés de près de 50 milliards d'euros sur les marchés en les camouflant par des opérations fictives.
Pour Caroline Wassermann, avocate de Jérôme Kerviel, "certaines pièces du dossier et notamment certains mails, démontrent que des personnes ont vu ce qui se passait et se sont interrogées sur ces opérations".
Une responsable du service "middle résultat", Marine Auclair, a notamment adressé le 16 avril 2007 un mail à sa hiérarchie et à plusieurs contrôleurs financiers après avoir découvert un montant de 94 millions d'euros non-justifié en comptabilité, rapporte l'avocate confirmant une information du Journal du dimanche.
Après une réunion de service et un interrogatoire de Jérôme Kerviel, qui a évoqué un simple ajustement comptable, les transactions fictives ont finalement été entrées en comptabilité.
"Certaines opérations fictives réalisées par Jérôme Kerviel étaient tellement chimériques qu'elles ne redescendaient pas en comptabilité et restaient bloquées dans la base tampon" (du logiciel Eliot de la Société Générale).
Parmi celles-ci figurent les "futures pending" (transactions sur des produits financiers qui sont échangés sur les marchés organisés) qui ne peuvent être enregistrées qu'une fois l'opération finalisée, explique Caroline Wassermann.
L'avocate cite également le cas des forwards contreparties face à "clickoption" utilisées par Jérôme Kerviel alors qu'il ne pouvait statutairement le faire en tant que professionnel. Clickoption est en effet une filiale de la Société générale qui ne traite qu'avec les particuliers.
"Il y a dans cette affaire deux types d'opérations fictives, les unes sont licites les autres illicites", a expliqué à l'AFP un avocat de la Société générale.
"Les premières, utilisées par Kerviel, visaient à masquer ses pertes ou ses gains, les secondes, couramment utilisées à la Société générale, avaient pour objet d'ajuster certains résultats qui ne pouvaient alors être pris en compte par le logiciel de comptabilité Eliot", a-t-il ajouté en précisant que l'astuce de Kerviel a été de jouer sur cette ambiguïté.
"Le thème de la qualité des opérations fictives a déjà été abordé de manière complète dans le dossier d'instruction en mars 2008", explique la Société générale en soulignant avoir dans ce dossier "jouer la transparence en transmettant les mails concernés à la justice". La banque précise avoir depuis revu les performances de son logiciel comptable.
En l'état de la procédure, la Société Générale est la seule partie civile de ce dossier, dans lequel Jérôme Kerviel et son assistant Thomas Mougard ont été mis en examen. Cinq salariés de la banque ont été licenciés et deux autres ont démissionné à la suite de l'affaire Kerviel.
AFP












