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Prologue de la course Rames-Guyane à l'île de Ré: les forçats de la mer

12.10.2008, 21h30
 
Entre le pénitencier de Saint-Martin-de-Ré et le bagne de Cayenne, vingt concurrents de la 2e édition de la course d'aviron en solitaire et sans assistance Rames-Guyane, qui se tiendra en mars et avril entre St Louis du Sénégal et le DOM français, ont souqué ferme samedi au large de l'île de Ré, lors du prologue de l'épreuve.
C'est Jean-Jacques Gauthier, 35 ans, originaire des Deux-Sèvres, l'un des rares engagés "pro" de la discipline, plusieurs fois sélectionné en équipe de France d'aviron, qui a remporté, sous un soleil et une brise quasi-printanière, ce sprint de 3 milles nautiques (6 km) dans le Pertuis Breton entre "Ré la blanche" et le continent.

Le 2e, Mathieu Bonnier, 51 ans, est lui un montagnard de l'Isère, adepte du ski-alpinisme, musher, aventurier en solitaire en Alaska. Autant dire que sa connaissance de la mer est quasi nulle.
La première édition de cette transat à la rames unique au monde avait été disputée entre 16 concurrents et sur la même route des alizés, en décembre 2006 et janvier 2007.
"Ils sont des héros malgré eux. Après le troisième coup de rame, tu ne peux plus revenir en arrière, tu vas dans le sens du vent et du courant. C'est presque la course de M. +tout le monde+ en bonne forme physique et un peu d'entraînement. Certains n'ont jamais navigué", explique Michel Horeau, vieil ami de Gérard d'Aboville (le premier rameur transatlantique en 1980) et co-organisateur de l'épreuve avec Antoine Croyère.
Le plus jeune a 29 ans. Le doyen, Jean-Pierre Vennat, ancien capitaine de frégate de la marine nationale et commando de marine, a 63 ans et un physique d'athlète trentenaire.
Ils seront 21 (une seule femme de 30 ans, non présente au prologue), dont un tiers de résidents guyanais, qui aligneront leurs canots à rames en bois monotype de 8 m de long et 1,60 m de large sur la ligne de départ, à Saint-Louis du Sénégal le 8 mars, pour se lancer dans un périple de 2600 milles nautiques (4700 km) sur l'Atlantique, en direction du continent sud-américain.
"L'ennemi, c'est le poids. Nos canots pèsent 450 kg à vide et près du double avec tout le matériel, la nourriture et le skipper en course. Certes, il y a les alizés en vent arrière et les courants qui nous poussent, mais ce n'est pas une balade sur le lac du bois de Boulogne", confie l'ancien de la Navale, qui a couru le prologue dans les dix premiers.
Les embarcations, comme a pu le constater l'AFP, qui a testé la manoeuvre (sur une mer d'huile) sous les remparts de Vauban à Saint-Martin, sont comme des chars à boeufs sur l'eau. Extrême rusticité, un habitacle avec couchette de 2 m de long sur 60 cm de largeur. On est loin des constructions modernes en carbone.
La vitesse de déplacement moyenne est inférieure à deux noeuds (4 km/h) et le canot, propulsé à la force des bras (épuisant) par des avirons de 2,90 m à 3,20 m, est peu manoeuvrable, lourd, très lourd. Virer, changer de cap est une épreuve, d'autant que les concurrents rament d'arrière en avant, le dos au cap, l'oeil sur la boussole inversée.
"J'ai pas tué, j'ai pas volé, pourtant j'suis aux galères....", chante, le souffle court, Karl Barranco, un Guyanais de 37 ans, en tirant sur les rames dans le Pertuis Breton. "Je n'ai aucune expérience de la mer, je n'ai jamais navigué", avoue-t-il. Certes, il a sauté des avions, plongé dans quelques abysses, mais l'eau à 360° et la solitude hauturière, il ne connaît pas.
"C'est mon défi, mon adrénaline. Mais c'est aussi pour la Guyane que je rame, pour ce DOM et son peuple qui pâtissent, clichés aidant (le bagne, la chaleur humide, la guéguerre des orpailleurs clandestins, les mygales et autres bestioles qui piquent) de l'image négative de +terre de toutes les punitions+, explique-t-il.
Le 29 décembre 2006, c'est le benjamin de l'épreuve, Romain Vergé, 28 ans, qui avait remporté la première édition de la transatlantique Rames-Guyane en 40 jours 3 heures 45 minutes et 38 secondes. Record à battre.

AFP

 
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