Lors des législatives de janvier 2006, les troupes conservatrices avaient réussi une percée spectaculaire dans la province francophone, notamment dans la ville de Québec, au détriment du Bloc québécois, représentant du mouvement indépendantiste au parlement canadien à Ottawa.
Stephen Harper a entamé sa campagne électorale, le 7 septembre dernier, à Québec dans l'espoir d'augmenter ses appuis dans la province à un moment où les indépendantistes semblaient naviguer en plein brouillard.
Les sondages en début de campagne accordaient la majorité des 308 sièges de la Chambre des Communes au parti conservateur de Stephen Harper, en lui prédisant des gains importants au Québec, province représentée par 75 élus dont 48 du seul Bloc québécois et une dizaine de conservateurs.
Mais selon un sondage publié samedi dans la quotidien La Presse, le Bloc québécois récolte 42% des intentions de vote dans la "Belle Province" contre 20% pour les conservateurs. Et les "bloquistes" pourraient reprendre cinq sièges conservateurs, privant ainsi Stephen Harper d'appuis clés pour convertir son gouvernement minoritaire en majoritaire.
Le Bloc québécois de Gilles Duceppe s'est imposé en faisant campagne sur le "danger" d'accorder un mandat majoritaire à Stephen Harper, dépeint comme un suppôt de George W. Bush et un partisan du "laissez-faire" économique à la solde des pétrolières de l'Alberta, province de l'ouest du pays sise sur les deuxièmes réserves mondiales d'or noir, derrière l'Arabie Saoudite.
Le Bloc a capitalisé sur l'abolition par les conservateurs de subventions dans la culture et leur promesse d'imposer des peines de prison à vie à des adolescents de 14 ans qui commettraient des crimes graves, deux thèmes impopulaires au Québec.
M. Harper a contre-attaqué dimanche à Québec lors du plus grand rassemblement organisé par son parti dans la province depuis le début de la course. Il a fait son entrée dans une grande salle à bord de son car électoral, au son d'une musique rock tonitruante et sous les vivats d'un millier de partisans.
"Le chef du Bloc québécois dit que, parce que je viens de l'Alberta, je travaille pour les pétrolières. C'est comme dire que tous les Québécois sont des producteurs de sirop d'érable!", a ironisé M. Harper.
Formé au début des années 90, le Bloc québécois présente uniquement des candidats au Québec et refuse de participer à tout gouvernement. "Si un projet de loi est bon pour le Québec, on l'appuie. Sinon, on vote contre", résume son chef, Gilles Duceppe.
"Le Bloc vous enferme dans l'opposition", a lancé M. Harper. "Nous, on va vous faire participer aux vraies décisions gouvernementales".
"Le seul plan qu'il a, c'est de dire aux Québécois qu'ils ne devraient jamais faire partie du gouvernement. Les candidats du Bloc demandent un mandat de grève. Nos candidats veulent un mandat de travail", a-t-il martelé.
M. Harper risquait en fin de journée de croiser sur son chemin le chef bloquiste Gilles Duceppe, qui sillonnait aussi la ville de Québec afin de consolider ses gains anticipés et les traduire en vote lors du scrutin de mardi.
Plus tôt dans la journée, M. Duceppe avait eu maille à partir avec un député conservateur de Québec, qui était venu le haranguer dans un marché public. Excédé, le chef bloquiste l'a traité d'"imbécile".
AFP








