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Les magistrats dénoncent le "mépris" de Mme Dati à leur égard

10.10.2008, 19h11
 
"On se sent seuls", "elle n'est pas derrière nous" : les magistrats réunis à Clermont-Ferrand au congrès national de l'Union syndicale des magistrats (USM) ont reproché à Mme Dati son absence, ce qui traduit selon eux le "mépris" de la ministre envers la profession.
"L'absence de Mme Dati est perçue comme un geste de mépris ou une fuite", a estimé Bruno Thouzellier, président sortant de l'USM, soulignant que c'est la première fois que ce syndicat, représentant les deux tiers de la profession, tient son congrès, vendredi et samedi, en l'absence du Garde des Sceaux.

"C'est de la lâcheté. Elle ne voulait pas être confrontée à la réalité, à des questions qui auraient égratigné son image", renchérit le secrétaire national de l'USM, Christophe Régnard, juge d'instruction à Nanterre et seul candidat déclaré à la présidence du syndicat.
Entre eux, le secrétaire général de la Chancellerie, Gilbert Azibert, a pris place sur la chaise prévue pour Mme Dati. La ministre de la Justice a annoncé jeudi soir que, "en raison d'un agenda particulièrement chargé", elle ne pourrait rencontrer les magistrats de l'USM, qui l'avaient chahutée l'an dernier.
"Quand on met en cause un policier, Mme Alliot-Marie réagit. Quand on lit dans la presse des mises en causes extrêmement violentes de certains collègues nommément cités, ou de la profession en général, silence, aucune réaction de la Garde des Sceaux", fustige Valérie Dervieux, vice présidente du tribunal d'instance de Paris, chaudement applaudie par la salle.
"Je ne veux pas renvoyer la responsabilité aux autres, mais les chefs de Cour sont aussi là pour ça", répond M. Azibert, visiblement embarrassé. "Il n'y a jamais eu de mépris ni de manque de confiance", affirme-t-il, assurant qu'il se ferait "l'interpète du malaise des magistrats auprès de la ministre".
"Le problème avec Mme Dati, c'est qu'elle fait de la présomption de culpabilité des magistrats, elle n'est pas derrière nous, ce qui rend le dialogue très difficile", regrette Pierre-Yves Calais, vice procureur et secrétaire de la section de l'USM au TGI de Paris.
"Elle ne sait pas gérer la contradiction", estime-t-il, citant en exemple la façon dont les magistrats manifestant lors de la venue de Mme Dati au Palais de justice de Paris à l'automne 2007 ont été matraqués par la gendarmerie.
"Au début, le ministère nous a beaucoup écoutés et peu entendus, maintenant nous n'avons plus d'interlocuteur institutionnel", souligne M. Régnard : "la ministre ne nous reçoit plus depuis mai, son cabinet change tous les quatre matins et nous n'avons que des interlocuteurs techniques".
Au-delà du "mépris", la plupart des magistrats reprochent au ministre le manque de vue d'ensemble et une politique de réaction "au coup par coup", "incohérente".
"Il y a d'abord eu la loi sur les peines plancher, qui, comme nous l'avions prédit, a rempli les prisons, et aujourd'hui (il y a) un projet de loi pénitentiaire dont le but de les vider", relève la vice présidente d'un tribunal de grande instance. "Des prévenus, déplore-t-elle, vont donc se voir condamnés à des peines plus lourdes qu'avant pour finalement partir directement en aménagement de peine, sans faire de prison".
Dans une déclaration à l'AFP, le porte-parole du ministère de la Justice Guillaume Didier a assuré que "polémiquer sur l'absence de Mme Dati est indécent quand on en connaît les raisons qui sont liées à l'actualité dramatique", le suicide d'un mineur à Metz et la tentative de suicide d'un autre mineur à Strasbourg.

AFP

 
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