ELLE PORTE bien son nom, la Riviera du Léman. Depuis la terrasse de l’hôtel des Trois Couronnes, à Vevey, le regard ricoche de pastel en pastel jusqu’au scintillement de sucre glace des montagnes d’en face. Christian Jacq est un habitué des lieux. Depuis douze ans qu’il vit en Suisse, il aime donner rendez-vous dans ce cadre archiromantique. Avec son écharpe, sa casquette et son cartable en cuir tout mou, le plus célèbre des égyptologues romanciers, âgé de 61 ans, pourrait tout à fait passer pour le secrétaire général de l’association philatéliste locale.
Ce livre, c’est une nouvelle façon de raconter l’Egypte ?
Christian Jacq. J’étais en train de travailler sur autre chose et j’ai lu un livre sur les momies que j’ai trouvé tellement nul, pourtant signé d’une grande autorité dont je tairai le nom. Je me suis dit : « Ce n’est pas possible qu’aujourd’hui, avec tout ce qu’on sait sur la momification, on puisse encore écrire des choses pareilles ! »
Un étonnant personnage est au centre de votre roman. Ce Giovanni Belzoni a réellement existé…
Notre bon géant ! Deux mètres de haut ! C’est lui qui a découvert la tombe de Sethi I e r , dans la Vallée des Rois. Il est aussi allé au fin fond de la Nubie à une époque où il n’y avait pas de moyens de transport faciles. Et c’est quand même lui qui est entré le premier dans Abou Simbel !
Pourquoi est-il si peu connu ?
Parce qu’il ne fait pas partie du sérail. C’est un hercule de foire, un bateleur. Il se mettait un cercle de fer autour de la taille et le soulevait avec douze types dessus. En plus, il n’est pas allé en Egypte pour l’archéologie, mais pour soulager la misère. Il a proposé une machine hydraulique dont le pacha n’a pas voulu. Il s’est retrouvé dans la guerre des gangs entre les consuls…
Mais c’était un pilleur…
Beaucoup de gens avaient pillé avant lui. Son truc, c’est qu’il voulait découvrir des trésors. Mais il n’a pas eu de chance. Dans la tombe de Sethi I e r , il n’y avait plus que les peintures, et Abou Simbel, qui était le coffre-fort de la Nubie, était vide ! Là où il est extraordinaire, c’est qu’il a lancé l’amour de l’Egypte dans toute l’Europe. Il a fait cette grande exposition à Londres qui a drainé des milliers de visiteurs. C’est le premier grand muséographe. Un manageur, un homme de spectacle.
A partir de lui, et avec l’inspecteur Higgins que vous inventez, vous construisez un polar. Une manière de revenir à vos premières amours ?
Ce n’est pas faux. Quant à Higgins, je n’en ai pas fini avec lui. J’ai voulu créer un personnage à l’ancienne. J’ai trop aimé Sherlock Holmes.
D’ailleurs, vous décrivez dans le détail la société anglaise de l’époque.
J’ai lu une cinquantaine de bouquins sur le sujet pour que tout soit bien précis.
Comment travaillez-vous ?
Avec d’immenses feuilles de papier sur les murs. Je décompose et je recompose.
Un mot-clé pour ce livre ?
Ludique ! Qu’on s’amuse et qu’on s’instruise. Saviez-vous que la mode a longtemps été au grignotage de morceaux de momies ? Il a fallu qu’Ambroise Paré s’en mêle en disant : « Vous êtes fous, vous ne faites que vous empoisonner ! »
*« Le Procès de la momie », de Christian Jacq, Ed. XO, 410 pages plus 16 pages couleurs, 19,90 €.
Le Parisien










