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Guillaume Depardieu : mort d’un écorché vif

Il est mort hier à l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine) d’une pneumonie foudroyante. Guillaume Depardieu, 37 ans, qui avait tourné dans vingt films, avait souvent fait parler de lui pour ses frasques. Fils de star, garçon malheureux.

Caroline Andrieu | 14.10.2008, 07h00
 

ENFANT déjà, il jouait à des jeux cruels avec sa petite soeur. Lui faire croire qu’il était mort, voir les larmes couler. Se sentir aimé, alors. Guillaume Depardieu est mort hier d’une pneumonie foudroyante à l’hôpital de Garches où il avait été admis dimanche soir. Il n’avait que 37 ans, un mal de vivre qui n’avait d’égal que sa rage, une santé fragile depuis la drogue et l’alcool.

Il ne s’en sortait pas. Il y a cinq ans, blessé à la jambe droite dans un accident de moto, il avait subi 17 opérations et contracté une infection à l’hôpital, avant de se résoudre à l’amputation. Depuis, il avait emprunté souvent les chemins des plateaux télévisés pour dénoncer le scandale des infections nosocomiales. Un client en or : sensible et révolté. L’homme souffrait.

La petite soeur qu’il faisait pleurer, c’est Julie, la comédienne amoureuse de musique classique. Quelquefois lassée de ce frère à la détresse exubérante, mais toujours présente à ses côtés. Fils aîné de Gérard Depardieu, Guillaume portait son nom comme un regret. « Ce patronyme, ma vie a été faussée avec ça ! » Du père, il disait « guetter le regard, gamin, pour y croiser de l’amour ». Plus proche de sa mère, Elisabeth, il s’était installé juste à côté de sa propriété à Bougival, dans les Yvelines… Dans une caravane.

Des cicatrices zébraient sa peau

Avant de jouer lui-même au cinéma, Guillaume avait tout fait. Tout pris, tout tenté, jusqu’à se prostituer, adolescent, auprès de femmes et d’hommes aussi seuls que lui. « Très tôt, j’avais la notion de marchandise », commentait-il de manière laconique. Il a aussi connu la prison pour trafic de drogue, l’internement en hôpital psychiatrique, les peines répétées pour conduite en état d’ébriété… En dépit des petits et grands drames du quotidien, les Depardieu formaient un clan que rien ne semblait pouvoir détruire tout à fait. Ils se déchiraient, mais ils s’aimaient bien sûr.

L’amour du métier les réunissait. Venu au cinéma « par curiosité », Guillaume comptait 20 films à son actif. Perfectionniste sur les tournages, exigeant envers ses partenaires, colérique, il se vantait de travailler autrement, c’est-à-dire « pas dans le même luxe que Gérard ». Il s’était d’ailleurs tourné vers les films d’auteur. Dans l’un des derniers, « Versailles », de Pierre Schoeller, il jouait un vagabond au grand coeur. Un homme qui semblait ne plus rien pouvoir donner et qui offrait pourtant le moins intéressé des sentiments : l’amour à un enfant. Le comédien adorait sa fille, Louise, 8 ans. « J’ai peur de la répétition », disait-il à son sujet. Etre père à son tour, avec bonheur, mais un père qui fait du mal, il ne supportait pas l’idée. Il a reproduit malgré lui certaines erreurs qui l’avaient blessé petit. Se réfugier dans l’alcool au moindre souci…

Comment faire autrement ? Guillaume Depardieu ne trouvait pas les réponses aux questions que la vie pose, une à une, comme le temps avance. Des cicatrices zébraient sa peau, dès la naissance de la poitrine : il se disait « affûté pour la guerre ». Mais quelle guerre ? De chaque blessure, il voulait faire une arme. Il y avait toujours quelque ennemi à combattre. Le regard fixe, jamais perdu, les yeux clairs et toujours mouillés, il avait la grâce de l’enfant qui veut comprendre. Un charisme envoûtant. Le charme d’un garçon perdu que tous auraient voulu sauver. Sauver de lui-même, pour commencer.

En hommage au comédien, France 4 rediffuse ce soir à 23 h 5 « les Apprentis », le film de Pierre Salvadori où il partageait l’affiche avec François Cluzet.

Le Parisien

 
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