Se pavaner en petite tenue sur une île pardisiaque en compagnie de superbes créatures ou d'apollons musculeux... Jouer, dîner, draguer, flirter, tromper... le tout devant des caméras de télévision, est-ce du travail ? Oui pour les uns, non pour les autres. Ce sera au final au conseil des Prud'hommes de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) de trancher.
Jeu ou produit scénarisé dans lequel les participants exécutent un rôle, donc un travail méritant salaire, l'émission de TF1 dont le concept est de mettre à l'épreuve les sentiments d'un couple dans un cadre paradisiaque était au coeur des débats mardi à Boulogne-Billancourt. Devant six anciens participants présents, l'audience a parfois tourné au déballage des secrets de «L'île»: retrait des passeports et des téléphones portables à l'arrivée sur le lieu du tournage, tenues vestimentaires imposées, horaires stricts...
«Fort heureusement, en France, il est encore interdit de travailler 24 heures sur 24»
Opposés au producteur Glem, à TF1 et à l'agence photo Sipa, les vingt-trois demandeurs sélectionnés pour les saisons 2006 et 2007 de l'émission exigent que le contrat de «réglement participatif» qu'ils avaient signé soit requalifié en contrat de travail. Selon l'un de leurs avocats, Me Thierry Lévy, ce réglement qui prévoyait 1 500 euros de rémunération en contrepartie des produits dérivés à venir, ne visait en fait qu'à masquer un salaire, puisque «les produits dérivés n'ont jamais existé». Un artifice mis au point pour éviter d'être soumis à la législation sur le travail, ont ajouté les avocats.
«Le producteur savait très bien qu'il ne pourrait pas respecter le code du travail, parce que fort heureusement, en France, il est encore interdit de travailler 24 heures sur 24», a ajouté Me Jérémie Assous, estimant que ses clients étaient en permanence à disposition de la production. «Ces personnes, soumises à des contraintes, et dont les gestes sont commandés par la production (...) n'ont aucun espace de liberté dans les lieux où elles séjournent. Il s'agit pour eux d'interpréter le rôle qui leur est donné», a expliqué Me Lévy, balayant l'idée de «vacances au soleil».
Ils réclament plus de 400 000 euros de dommages et intérêts pour chacun à TF1
Les avocats ont demandé que le statut d'artiste-interprète soit accordé à leurs clients et réclamé plus de 400 000 euros de dommages et intérêts pour chacun d'entre eux, pour travail dissimulé. Des sommes jugées indécentes par l'avocat de TF1, Me Thibault Guillemin, qui a souligné «l'odeur fort nauséabonde de ce procès». «Cette odeur, c'est l'argent !». L'avocat n'a pas hésité à lui-même qualifier «le principe de l'émission» de «parfaitement immoral», avant de se tourner vers les requérants: «Mais je trouve aussi qu'il est extrêmement malsain d'y participer».
Il a mis en garde les prud'hommes contre la tentation «morale et politique» et a désigné d'autres émissions, telles que la Carte aux trésors ou Fort Boyard, comme de prochaines cibles potentielles.
Pour «L'île de la Tentation», des dizaines d'autres participants sont sur les rangs dans la foulée d'un arrêt rendu le 12 février 2008 par la cour d'appel de Paris confirmant un jugement des prud'hommes condamnant Glem pour «travail dissimulé» au bénéfice de trois demandeurs, sans pour autant reconnaître la qualité d'artiste-interprète. Le producteur, qui doit payer environ 27 000 euros de dommages et intérêts dans chaque cas au titre des heures supplémentaires, des congés payés, de la rupture abusive du contrat et du travail dissimulé, a formé un pourvoi devant la cour de cassation.
Pour ce qui est des vingt-trois participants, le conseil des Prud'hommes a mis sa décision en délibéré au 3 février 2009.
Leparisien.fr avec AFP











