A SES RARES heures perdues, André Rieu bichonne ses papillons. Ce mardi, une centaine d’espèces chatoyantes virevoltent autour de lui dans la moiteur de son orangerie, à Maastricht (Pays-Bas). « Oh, regarde ce papillon comme il est beau, tu as vu ? J’aime cette atmosphère », s’émerveille celui qui fera valser le Stade de France ce soir.
« Jeune, j’étais dans un orchestre. Ils ne parlaient que de syndicats et de vacances. Ça manquait de fantaisie, de liberté. J’ai tout de suite eu envie de m’échapper. Il y a toujours une possibilité de faire des choix, de ne pas subir un job qu’on n’aime pas. C’est ça qu’il faut faire, prendre des risques », explique-t-il dans un français très correct, même s’il avoue douter « tout le temps, de tout ».
« Jouer mes valses sur la Lune... Pourquoi pas ? »
«Et ce que disent les puristes de ma musique, je m’en fiche… Oh, tu as vu celui-là ? » Un papillon passe au-dessus de sa tête… Déconcentré, le musicien sifflote avec les oiseaux de l’orangerie, regarde voler une famille de cailles, caresse une plante verte qui se rétracte.
Son stradivarius de 1732 (estimé à 2 millions d’euros) attend sagement quelque part, de l’autre côté de la cour de graviers, dans son manoir : une bâtisse du XV e siècle qu’il habite depuis une dizaine d’années, tout en dorures et en parquet, dans un quartier calme de la ville.
Une gigantesque table de banquet fend en deux la salle à manger. Au mur de l’une des nombreuses pièces, deux portraits à l’huile : André Rieu jouant du violon ; sa femme Marjorie, mère de ses deux grands fils, se prélassant. Pour la petite histoire, c’est ici qu’enfant il venait prendre ses cours de musique. A l’époque, il rêvait d’y habiter. Un rêve de gosse devenu réalité : au fil des ans et de sa fortune grandissante, il a racheté le manoir par petits bouts, patiemment, jusqu’à tout posséder.
« J’ai toujours cru en moi. Je ne supporte pas les gens qui font les choses à moitié », confie-t-il en examinant des tortues naines, immobiles sur un nénuphar. Lui, fait tout dans la démesure : 20 millions de disques vendus, une centaine de concerts par an et cette éléphantesque tournée des stades mondiaux qui a des chances de figurer dans le prochain « Livre des records ». « Ce n’est pas important pour moi, l’important c’est la musique. Je ne pense pas encore à laisser des traces. » Il s’interrompt et réfléchit, soudain sérieux. « A moins d’aller jouer mes valses sur la Lune... Pourquoi pas ? »
Le Parisien








