LA PREMIÈRE FOIS qu’il l’a dessiné, il a commencé par le visage. « Sans, je suis incapable de traduire les attitudes », justifie-t-il. Philippe Francq, dessinateur belge de Largo Winch, en a fait une vingtaine. Des Largo de profil, de trois quarts ou de face, punaisés aux murs de son atelier. La star interplanétaire de la planète BD, dont les ventes se comptent en millions, a même failli avoir des lunettes.
« J’ai toujours rêvé d’animer un personnage emblématique comme Tintin »
Car, depuis sa naissance, Largo Winch cartonne. Le dernier album de ses aventures, « la Voie et la Vertu », tiré à 450 000 exemplaires par l’éditeur Dupuis, est déjà en tête des ventes, selon le dernier classement de « Livres Hebdo ». Après une série télé, les aventures du jeune multimilliardaire baroudeur vont aussi sortir au cinéma, le 17 décembre, incarné par Tomer Sisley. « Ça m’a ému, j’ai versé une larme », sourit Philippe Francq. Le dessinateur, modeste en diable, en est fier comme un Gascon. « J’ai toujours rêvé d’animer un personnage emblématique, comme Tintin. »
Animer Largo Winch, ça nourrit une vie. Celle du dessinateur belge, fan de jardinage exilé dans le sud de la France avec sa famille et deux ânes, a été transformée. « Quand j’ai commencé, j’étais quasi au chômage technique. J’aimais la nature, j’avais envie de grands espaces et de jungle. J’ai osé frapper à la porte de Jean Van Hamme, qui m’a proposé le scénario. Que de la ville ! Il m’a dit : C’est là que se déroule l’aventure moderne. » Depuis, pour se documenter, Philippe Francq, ex-casanier écolo fan de jardinage, précède partout son héros : New York, Hongkong, Rome, San Francisco, Venise, Amsterdam… et même Saint-Tropez. « Je n’y avais jamais mis un pied avant que Largo y passe faire un tour. Ça m’a fait voyager. On ne dessine pas bien ce qu’on ne comprend pas. » Pendant une année, Philippe Francq a quand même souffert. A l’époque, il n’avait aucune veste à lui. Aucun smoking. Aucun goût pour le luxe. Aucune idée des cours de la Bourse. Pas évident pour poser son héros dans les univers carnassiers de la finance mondiale. « Avec le temps, je me suis familiarisé avec ça », se marre-t-il. Il a aussi pris quelques habitudes de Largo Winch. Comme l’amour des hélicoptères. Largo en use et en abuse. Philippe Francq a attrapé le virus. « Un jour, je suis allé voir des hélicos pour les dessiner. J’ai fait un baptême et passé ma licence de pilote dans la foulée. Sans Largo, je n’aurais jamais imaginé que ça puisse seulement être à ma portée. » Quant à sa femme, sa première lectrice, elle préfère Freddy Kaplan, le copain de Largo, au jeune milliardaire. Devinez quoi ? C’est le pilote. « La Voie et la Vertu », de Jean Van Hamme et Philippe Francq, Ed. Dupuis 48 pages.
Le Parisien










