AU XV e SIECLE vécut un sage nommé Beedle le Barde. Fin observateur de la société des sorciers, tolérant envers les braves moldus ces hommes et ces femmes dépourvus de pouvoirs magiques , soucieux d’aider des générations de parents à éduquer leur progéniture, il écrivit une série de contes.
L’écrivain avait pourtant promis que ces histoires resteraient à jamais secrètes. Dans le dernier volume de sa saga, « Harry Potter et les reliques de la mort », le héros lisait « le Conte des trois frères », cité in extenso. Quelques mois plus tard, J.K. Rowling avait offert à six intimes un ensemble de tous les contes qu’elle avait imaginés, écrits et illustrés de sa main dans un carnet relié en cuir. Un septième exemplaire avait été mis aux enchères chez Sotheby’s, à Londres, il y a un an. Il avait atteint la somme folle, quarante fois supérieure à l’estimation, de 2 714 000 €. « J’étais présente lors de la vente, se souvient Christine Baker, éditrice chez Gallimard en Angleterre. Il y avait une électricité extraordinaire dans l’air. »
« On ne peut pas imaginer qu’elle n’écrive plus »
Pour l’écrivaine, restée cachée comme à son habitude, c’était inespéré. Elle qui partage sa richesse avec de multiples oeuvres a reversé l’intégralité de la somme à la fondation qu’elle a créée il y a trois ans : le Children’s High Level Group, qui vient en aide aux enfants placés en institution partout en Europe. Concrètement, son action se porte surtout vers la Roumanie. « On ne peut pas imaginer qu’elle n’écrive plus, souligne Christine Baker, mais son quotidien, aujourd’hui, c’est vraiment de s’occuper des enfants en difficulté. » Publier, finalement, les « Contes de Beedle le Barde », c’est non seulement faire plaisir à ses fans mais aussi assurer de nouvelles rentrées financières pour sa fondation.
Pour la première fois dans la carrière de J.K. Rowling, ce livre sort simultanément en français donc, mais aussi en anglais, en allemand, en espagnol, en russe et en brésilien. « C’était impossible pour les différents volumes de Harry Potter, explique Christine Baker. Ils contenaient des milliers de pages, il y aurait forcément eu des fuites. » Cette fois, moins de danger : « les Contes de Beedle le Barde » s’étalent sur à peine 130 pages. Et puis, n’importe qui peut lire, depuis des mois déjà, des résumés très circonstanciés des histoires sur Amazon.com.
Un tour de magie de la part du site de vente en ligne ? Pas du tout : c’est lui qui s’était porté acquéreur du septième volume !
Le Parisien










