A 68 ANS, il cherche encore l’endroit où il finira de vivre sans penser à partir. Jean-Marie Gustave Le Clézio a parcouru le monde, de Nice où il est né, au Nouveau-Mexique où il vit, en passant par partout. Il écrit sur l’exil, où qu’il se trouve. Couronné Prix Nobel de littérature hier, le plus prestigieux des prix par son aura, mondiale, et l’ampleur de sa récompense plus de 1 million d’euros l’écrivain s’est sobrement déclaré « ému et touché ».
« Mon message, c’est qu’il faut continuer à lire des romans »
Jean-Marie Le Clézio aimerait faire croire qu’il est comme tout le monde. Le meilleur moyen d’avoir la paix : mondanités et exposition publique ne l’engagent en rien. Hier, il a fait une exception, s’est prêté à l’exercice de la conférence de presse chez son éditeur, Gallimard. En 1963, quand il a envoyé à la grande maison son premier manuscrit, « le Procès-verbal », il ne se doutait pas qu’il obtiendrait aussitôt le prix Renaudot et qu’il publierait encore dans la prestigieuse collection quarante-cinq ans plus tard. Une chance pour la France : il a choisi notre langue en réaction contre l’anglais. Son père mauricien, donc britannique, travaillait comme médecin de brousse au Nigeria, anglophone depuis sa colonisation.
La nostalgie des mondes primitifs l’anime. Pour traduire ce sentiment qui ne le lâche pas, pour le partager avec le plus grand nombre, Le Clézio écrit, avec ferveur et sans relâche : plus de quarante ouvrages, contes, romans, essais, nouvelles. « Mon message, c’est qu’il faut continuer à lire des romans, a-t-il affirmé hier. Le romancier n’est pas un technicien du langage, c’est quelqu’un qui écrit, qui se pose des questions. » Il a coutume de dire qu’il produit quant à lui « toujours le même livre ». Parce qu’il cherche encore la réponse à cette question qu’il se pose depuis l’enfance : si les hommes blancs n’avaient pas causé aux hommes noirs tant de souffrances, le monde ne serait-il pas meilleur aujourd’hui ? En récompensant son oeuvre, l’académie du Nobel rend aussi hommage à son humanité.
Le Parisien










