IL sait recevoir. Attablé au bar d’un grand hôtel parisien, Seal commande du champagne en plein après-midi et insiste pour que vous trinquiez avec lui. Difficile de ne pas être séduit par le chanteur britannique découvert en 1991. L’artiste revient ces jours-ci avec un album de reprises* aussi élégantes que classiques de James Brown, Sam Cooke ou Ben E.
Cela se passe toujours bien pour vous ici. Comment l’expliquez-vous?
Seal. La France a toujours compris l’avant-garde. Quand j’ai commencé au sein du groupe Adamsky puis en solo avec mon premier single, « Crazy », vous avez tout de suite été sensible au côté à la fois soul et électronique, qui était assez inhabituel. Ici on m’a aimé parce que j’étais différent.
Et vous avez même fait un duo à succès avec Mylène Farmer, « les Mots », en 2001.
Elle aussi est différente. Je sais qu’elle a une image très mystérieuse pour vous. Pour moi aussi. On a travaillé ensemble et, si on ne se connaît pas bien, on se comprend. Je l’aime parce qu’elle conceptualise tout ce qu’elle fait.
Votre nouvel album de reprises, c’est un concept justement ?
Non, c’est lié à un discours de Barack Obama dans l’Iowa, qui disait aux gens : « L’élection n’est pas une question de personne, de moi, de McCain ou d’Hillary Clinton. Le plus important c’est vous. Vous êtes le futur de l’Amérique. » Enfin un candidat qui parlait du peuple ! Je suis anglais, mais je vis aux Etats-Unis depuis vingt ans. J’ai trois enfants qui sont américains. Et j’ai pensé à eux. En rentrant chez moi, j’ai alors entendu à la radio le célèbre « A Change Is Gonna Come » (NDLR : un changement va arriver) de Sam Cooke et j’étais en larmes. Ce chanteur, mort il y a plus de quarante ans, disait des choses qui résonnent encore aujourd’hui. J’ai fait tout de suite le lien avec Obama. Et à défaut de pouvoir voter, j’ai dit à ma femme : « Je vais enregistrer une reprise de ce titre et la mettre sur Internet. » Puis finalement j’ai fait un album très vite.
Que s’est-il passé pour cette chanson ?
Obama l’a entendue et m’a invité à chanter pendant sa campagne en Californie. J’ai pu le rencontrer et il m’a remercié, tout simplement. Il incarne le changement, mais les gens avaient déjà changé depuis quatre ans. Les Etats-Unis ont été tellement malmenés par un homme qui a oublié l’intérêt de son pays, qui a menti à son peuple. Tout le monde s’est dit : « On est ni républicains, ni démocrates, mais avant tout américains. »
Et prêt à élire un président noir ?
D’abord il n’est pas noir. Ou sinon je vais vous emmener à la rencontre de vrais Bushmen, vous verrez la différence ! Mes gamins ne sont pas noirs, leur mère (NDLR : le mannequin Heidi Klum) est blanche. C’est l’offenser de dire que ses enfants sont noirs ! Même chose pour Obama. Je vois bien le symbole mais, ce que je trouve plus intéressant, c’est que l’Amérique post-11 Septembre ait choisi quelqu’un qui s’appelle Barack Hussein Obama. La peur est la chose la plus destructrice du monde. Et là, ils ont dépassé cela.
Où étiez-vous au moment de son élection ?
En Angleterre pour de la promo. J’ai regardé CNN toute la nuit. Je me suis dit : « C’est un nouveau départ pour les Etats-Unis et pour le monde. Le changement va pouvoir commencer. »
* Seal, « Soul », Warner, 17,99 €.
Le Parisien










