TOUCHÉ, mais sûrement pas coulé ! Le troisième homme de la présidentielle de 2007 qui présidait ce week-end l’université d’été du MoDem à Cap-Esterel (Var) a déjà réenfourché le cheval de 2012. Il a invité hier les militants à se montrer déterminés. « C’est tous pour un et un pour tous ! », a-t-il lancé aux 2 000 personnes réunies sous un chapiteau surchauffé : « Nous devons nous comporter comme un commando du changement de la société et notre règle doit être celle de l’unité.
Attelé à la confection d’un projet d’alternative, ayant digéré les municipales et les législatives qui lui ont fait perdre tant d’élus et d’amis, Bayrou attend déjà la prochaine échéance présidentielle et se pose en opposant principal « à Nicolas Sarkozy ».
« DSK est très gauche riad »
Il fustige un pouvoir « arbitraire » qui, dit-il, creuse le sillon de l’injustice. Ce n’est pas la fracture sociale de Jacques Chirac en 1995, mais ça y ressemble : « Les Français chercheront une espérance. Quelque chose de très simple et très grand, une société humaniste » au lieu « des foucades du bon plaisir au détriment du bien commun ». Et d’égrener l’affaire Tapie, le fichier Edvige, le limogeage « pour crime de lèse-pelouse de copain de sa majesté » du responsable de la sécurité en Corse, « frappe fiscale » sur les classes moyennes pour financer le RSA… « Nous serons là pour dire non au prince qui nous gouverne ! »
Bayrou s’en prend aussi à l’« esprit de cour », ironisant sur le disque de Carla Bruni, qualifiée de « sympathique chanteuse de variétés », et sur ces ministres « priés, au sortir du Conseil des ministres, d’assurer la promotion de ses oeuvres musicales ». Après avoir invité à Cap-Esterel le socialiste Hubert Védrine et l’écrivain Fred Vargas, défendant ardemment l’ancien des Brigades rouges Cesare Battisti, François Bayrou s’est, surtout, fait l’écho de la proposition de Vincent Peillon. Ce dernier juge urgent de débattre d’éventuels rapprochements PS-MoDem, voire de conclure avec lui un « contrat de gouvernement ».
« Nous aurons besoin les uns des autres » pour battre Nicolas Sarkozy en 2012, approuve Bayrou. « Le jour où la question de l’alternance sera à l’ordre du jour, la question sera celle de l’efficacité », car « toute victoire électorale suppose des rassemblements ». Lui qui, aux dernières municipales, a conclu des alliances aussi bien avec les socialistes Martine Aubry à Lille, François Rebsamen à Dijon qu’avec l’UMP Alain Juppé à Bordeaux n’a jamais renoncé à rassembler des gaullistes, des socialistes et des écologistes dans un grand projet d’alternance. « Je sais bien qu’il n’est pas facile de passer des frontières, mais c’est en les passant qu’on bâtit des pays pionniers. »
Mais avec quels socialistes au juste ? Bayrou voit mal les socialistes faire émerger un dirigeant d’ici à 2012 : « Ségolène est forte et sur certains points bien plus à droite que moi. DSK est très gauche riad (NDLR : allusion à la maison à Marrakech de Strauss-Kahn) et loin de Paris… Il faut du temps pour fabriquer un président », confie le président du MoDem. « Voyez Obama, les Américains se sont soudain demandé en voyant cette nouvelle étoile médiatique: But who’s that guy ? (qui c’est ce gars-là ?). » Pour François Bayrou et le MoDem (dont les instances départementales seront élues fin septembre), la question est là, toute shakespearienne : « C’est to be or not to be ! » Résister ou disparaître.
Le Parisien












