SI JORDDY, 13 ans à peine, ne s’était pas jeté à l’eau, la femme qui venait de s’y précipiter aurait sans doute péri, noyée dans l’Ourcq sous les yeux des passants affolés. C’était son but, et ce n’était pas non plus la première fois que cette maman de 45 ans tentait de se suicider. Sauf que, samedi après-midi, elle a voulu entraîner dans la mort sa fille de 11 ans.
Au-delà d’un drame familial complexe, que les enquêteurs de la sûreté départementale essayent de mieux comprendre depuis samedi, d’autres parents se remettent d’une peur immense peu à peu transformée en fierté : la mère et le beau-père de Jorddy, cet adolescent calme qu’ils ont récupéré trempé, grelottant sur la rive du canal où s’affairaient pompiers et policiers.
« J’ai entendu un grand plouf »
« J’ai cru que Jorddy avait été agressé et que quelqu’un l’avait poussé dans l’Ourcq. En fait, c’est lui qui venait de sauver la vie de cette femme », s’en affole encore Oufkir, le beau-père du garçon.
Il était 14 h 30, samedi, lorsque ses parents lui demandent d’aller jusqu’à la pharmacie, en centre-ville. Ils habitent tout près, sur ce quai de l’Ourcq résidentiel et, par chance, assez fréquenté.La suite, c’est Jorddy et les témoins de la scène qui la raconteront. En longeant le canal, Jorddy a entendu « un grand plouf ! et des personnes qui criaient : Il y a des gens qui se noient ! »
Dans l’eau, au bord du quai, une fillette se débat et des passants parviennent à l’aider à sortir du canal. Au milieu de l’Ourcq, en revanche, une femme se laisse dériver. « A cet endroit, le canal fait bien 12 m de large et c’est très profond, assure Oufkir. Avec les courants, tout seul c’est impossible de revenir. »
L’adolescent n’hésite pas, il enlève ses vêtements et saute. « Il a rejoint la femme qui s’est laissé faire et l’a ramenée au bord », continue le beau-père, en avouant la frayeur lorsque le téléphone a sonné. « On nous demandait de venir au bord de l’Ourcq avec des vêtements, raconte Oufkir. Il nous a fait très, très peur… »
Depuis, le scénario macabre qui aurait pu se jouer a commencé à s’esquisser : la maman suicidaire avait entravé les pieds de sa fille, qu’elle tenait par la main lorsqu’elle a décidé de sauter. L’avenir de la fillette dépend maintenant des services de la protection de l’enfance. Confiée dans un premier temps à son père, elle a finalement été placée, en tout cas provisoirement, pour la protéger d’un « contexte familial » manifestement difficile.
Seule enfant du couple, la petite vivait en fait entre une maman suicidaire et un papa beaucoup plus âgé que son épouse, manifestement incapable de faire face au désarroi familial.
Le Parisien













