LES MAINS jointes, elle adresse un geste de prière en direction des passagers des bus. Il est 8 heures hier matin. Margean*, une des habitantes du camp rom de la rue Ardoin, dans le quartier des Docks à Saint-Ouen, a tenu à se lever pour dire au revoir à sa famille qui rentre en Roumanie. Debout derrière les vitres teintées d’un des trois cars qui les amènent à Roissy, un enfant, vêtu d’un superbe costume crème rayé de noir, agite les mains en souriant.
Hier, le camp de Saint-Ouen s’est encore vidé d’une partie de ses habitants. Alors que la rumeur d’une évacuation prochaine ne cesse d’enfler, 131 Roms ont décidé de rentrer sur un des avions affrétés par l’Anaem (Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations). Ils bénéficieront de l’aide au retour (300 € par adulte, 100 € par enfant) mise en place par l’Etat. Un premier vol, avec 95 passagers, a déjà décollé la semaine dernière.
« Ça fait sept ans que je fais l’aller-retour entre la France et la Roumanie »
Lundi 1er septembre, 24 familles, soit une centaine de personnes sur les 663 qui vivaient dans le camp, rejoindront le village d’insertion mis en place à Saint-Ouen. Les 200 derniers occupants du bidonville devront rentrer en Roumanie, degré ou de force.
« La France ne peut et ne veut accueillir tous les Roms, martèle Olivier Dubaut, le sous-préfet de Saint-Denis. Nous allons essayer de convaincre les personnes restantes de partir dans le cadre des retours humanitaires. La question de l’évacuation du terrain se posera ensuite. » Autant dire que ce départ d’hier préfigure la fin de ce qui fut le plus grand bidonville de France. La question est-elle pour autant réglée ? Hier, la plupart des Roms ne cachaient pas leur désir de revenir en France d’ici à quelques semaines.
« Là, comme le camp va être rasé, je n’ai pas vraiment le choix. J’ai donc décidé de bénéficier de l’aide au retour. Mais je vais revenir. Ça fait sept ans que je fais l’aller-retour entre la France et la Roumanie », confie un homme. « J’ai fait une demande pour intégrer le village d’insertion. Mais le préfet n’a pas voulu. Alors, je rentre. Mais je ne veux pas vivre en Roumanie. Là-bas, on n’a pas de travail, pas d’argent, pas d’avenir. Je vais revenir », promet une jeune femme.
A la mairie de Saint-Ouen, on se félicite de la prochaine disparition de ce bidonville, mais nul n’est dupe. « C’est un soulagement pour les habitants et les entreprises, pour qui la cohabitation devenait insupportable, commente la maire (PC), Jacqueline Rouillon. Je me réjouis également pour les 24 familles qui vont pouvoir bénéficier du programme d’insertion mis en place par l’Etat. Mais il ne faut pas se leurrer, on n’a pas réglé la question rom. »
* Le prénom a été changé.
Le Parisien













