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Il y a bien eu des larmes, du stress, de l’émotion, quelques déclarations contre les suppressions de postes. Mais, hier, les 12 millions d’élèves ont repris le chemin de l’école sans vrai couac. Impressions d’écoliers, de personnels, de parents…

Vincent Mongaillard-Claudine Proust-V.Md. | 03.09.2008, 07h00
 

VU DE LA COUR DE RECRE
« Je suis là pour les copines »

C'est l'heure de la «récré»3, Eperviers sortez ! », des premiers secrets échangés depuis deux mois entre camarades, des drôles de commentaires sur l’institutrice « gentille » ou « méchante ». Il est 10 h 15 pétantes hier dans la cour de l’école élémentaire Félix-Faure à Paris (XVe) assiégée par une bonne centaine d’enfants.

« C’est une petite structure où tout le monde se connaît. Ils se retrouvent comme s’ils s’étaient quittés la veille au soir », explique Jacques Tisserand, le directeur originaire de Franche-Comté, 27 rentrées à son compteur. Les « grandes » du CM 2, Philippine, Latifa et leurs amies papotent. « On parle de nos amoureux, pas ceux de l’école, ils sont pas beaux ! », rétorquent les coquettes en faisant la grimace. Alors heureuses de retrouver la salle de classe ? «Moi, si je suis là, c’est juste pour revoir mes copines », prévient Madeleine. « Y a que les intellos qui sont contents », enchaîne sa voisine en pointant du doigt « les grosses têtes ». C’est de bonne guerre, la maîtresse en prend pour son grade. «On est obligé de se taire dans les escaliers ! Quand même, pour le premier jour... », soupirent les demoiselles. «Moi, elle m’a assise au fond de la classe pour pas que je parle avec ma meilleure copine. Et en plus, on n’a pas le droit la tutoyer », regrette l’une d’elles. Cédric, 10 ans, « la star du monde »aux cheveux gominés, s’intronise séducteur en chef en évoquant ses conquêtes « de colo ». Sage comme une image, Julie, petite nouvelle en CP, tient tendrement la main d’Alix, tout aussi timide, qu’elle a connu à la maternelle. « Ooooooh, elles sont trop mignonnes », s’exclame une aînée de CM 2. Un garçon a le bras plâtré. «Mais c’est rien du tout ! », réplique-t-il en gardant le sourire. Malo, 5 ans « trois-quart » et Maxime jouent « aux superhéros ». Igor, 11 ans, cause cinéma avec sa bande. «On parle du filmWall-E qu’on a vu pendant les vacances », raconte-t-il. Dring ! Dring ! Dring ! « Allez, les enfants, ordonne le maître des lieux, on reprend tout de suite les bonnes habitudes. Quand ça sonne, on se range ! »

VU D’UNE CLASSE DE MATERNELLE
« Seule une maman a pleuré ! »

Larmes et mouchoirs roulés en boule : c’est la crainte de toutes les mamans, même si le petit n’en est pas à sa première rentrée. C’est aussi la peur… des maîtresses ! « C’est tellement délicat à gérer », confie Isabelle, qui accueille Rosalie, Pénélope, Redouane, Alois… 28 «moyens » dans le cocon de la maternelle des Jardies, à Meudon (Hauts-de-Seine). Les seules larmes qui y ont coulé hier matin ? « Celles d’une maman, une nouvelle ! » sourit Danièle, la directrice, trente ans de métier. Une fois les grilles fermées, ils n’ont pas du tout le blues, les petits. Juste des fourmis dans leurs jambes bronzées. Pour canaliser, « on reprend contact avec les rituels », explique Isabelle. Ça commence dans le rang par deux : « On ne crie plus ! »Même pas pour aider, comme Maella, qui appelle les retardataires de la cour. Sur les bancs en U autour d’Isabelle, dans la classe, le calme n’est pas si dur à obtenir. On compte un peu, on apprend la date, «mardi, septembre ». A 11 heures, alors qu’approche l’heure des parents ou des coquillettes de la cantine, apparaissent les premiers signes de fatigue. Constitution d’ateliers : « Qui veut faire le travail jaune, dessiner le meilleur moment de ses vacances, pour me le raconter ? » Trois petits doigts se lèvent. Gaspard entreprend un bonhomme aux yeux immenses et glisse « c’est moi ! », tandis qu’Alois s’applique à « repartir en vacances », comme l’a demandé lamaîtresse. En six coups de gros feutre bleu, lamer est apparue sur sa feuille, sous une tache de soleil jaune.

VU DU BUREAU D’UN PRINCIPAL DE COLLEGE
« On doit être des facilitateurs »

Il sort de sa poche un trousseau de clés. Il lui faut une bonne minute avant d’ouvrir la porte de son bureau. « Je suis nouveau dans l’établissement, je ne sais pas encore quelle clé est la bonne ! » sourit François Toulet Morlanne, 49 ans, principal du collège Amédée- Laplace à Créteil (Val-de-Marne). La cravate est de rigueur. « C’est par respect pourmoimême et pour les élèves », justifie-t-il. Pas de phase d’adaptation, hier, pour ce nouveau-là, ex-proviseur adjoint d’un lycée professionnel. En action dès 7 h 30 dans son établissement classé en ZEP et encerclé par une cité, il accueille, dans le réfectoire, les 6e à 9 heures puis les 5e à 14 heures. « Si vous commencez à être dans les retards et les absences, c’est fini ! » avertit-il. Entre ces deux rendez-vous, il se retrousse les manches à son petit bureau. « On nous a appelés par le passé pilote ou chef d’orchestre. Maintenant, nous devons être des facilitateurs », décrit-il. Au menu, des coups de fil au rectorat parce que deux profs n’ont toujours pas été nommés, l’accueil de parents pour les inscriptions de dernière minute.Mais aussi des discussions avec « un prof de techno » qui vient demander des crédits pour l’achat d’un caméscope ou avec deux autres de sport qui s’étonnent que, dans le projet de reconstruction du gymnase proie des flammes il y a sept ans, il n’y ait la place que pour un…seul terrain de basket ! En ce jour de rentrée, en revanche, aucun ado perturbateur ne viendra se faire remonter les bretelles par « monsieur le principal ».

Le Parisien

 
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