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Le harcèlement frappe aussi à l’école

La violence scolaire peut être insidieuse et quotidienne. De 7 %à 12 % des élèves feraient l’objet de harcèlement de la part de leurs camarades. Un phénomène méconnu, aujourd’hui dénoncé par les spécialistes, qui peut laisser des séquelles.

Claudine Proust | 04.09.2008, 07h00
 

« Bouffon », « intello », « petits bras ». Lancé par un copain de récré un peu plus bravache que les autres, ce n’est pas franchement une insulte. Mais ça peut faire très mal. Les chaussures piquées dans le vestiaire de gym, cachées sous les buissons, le sac à dos chipé et transformé en ballon de foot, la petite tape sur la joue ? Un « jeu d’enfant », dit-on… mais qui peut laisser de cruelles séquelles, pour peu qu’il se répète, transformant insidieusement le propriétaire des baskets, du sac ou des petits bras en souffre-douleur, un phénomène que les Anglo-Saxons ont  baptisé « school bullying ».



Traduit par le terme de harcèlement (lire notre Mot du jour), c’est un problème que les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou les pays scandinaves ont répertorié, analysé et tentent de traiter depuis les années 1970. Dans un livre qui paraît aujourd’hui (1), la pédopsychiatre Nicole Catheline tire la sonnette d’alarme : les cours de récréation françaises ne sont pas plus que les autres des aires de jeux innocents. Pourtant, le phénomène est occulté, dénonce-t-elle. « Ça ne colle pas avec l’image idyllique qu’on se fait des enfants. »

« Cela devient grave lorsque la victime est toujours la même »

Succession de brimades, taquineries acides, moqueries et mises à l’écart, « chaque acte pris en soi n’est qu’une microviolence, mais cela devient grave lorsque la victime est toujours la même. Faute de formation, l’école n’y prête pas attention », explique Eric Debarbieux, président de l’Observatoire des violences à l’école, qui s’apprête à publier un ouvrage sur le même thème (2).

« Le bullying n’a rien à voir avec ce que l’on qualifie habituellement de violence scolaire, médiatisée par quelques faits divers. Il touche tous les enfants, garçons, filles, très tôt. Dès le primaire en petites classes. Les filles un peu plus au collège, avec l’apparition du cyberbullying, via Internet et les rumeurs qu’on colporte sur MSN par exemple, excluant une fille du groupe de copines. Le problème, c’est que ce harcèlement est le fait de camarades qui, par moments, peuvent même être de vrais copains », ajoute Nicole Catheline qui a mesuré les dégâts au début par hasard, au gré de ses consultations d’adolescents au Centre hospitalier de Poitiers. « J’ai été frappée de constater que ces problèmes de harcèlement revenaient si souvent dans leur évocation d’un passé douloureux », explique-t-elle.

La plupart des enfants traversent leur scolarité sans soucis. Il n’empêche. Selon toutes les études mondiales et celles menées en France pour rendre un rapport au ministère sur les microviolences en 2002, « 7 % à 12 % des d’élèves victimes, ce n’est pas rien, confirme Eric Debarbieux. Il faut y être attentif, parce que l’on sait aussi que cela laisse des séquelles », comme un risque accru de suicide à l’adolescence, une perte de confiance en soi durable ou une dépression à l’âge adulte.

(1) « Harcèlements à l’école », de Nicole Catheline (Albin Michel), 15 €.
(2) « Les Dix Commandements contre la violence à l’école), d’Eric Debarbieux (Odile Jacob), en vente à partir du 25 septembre.

Le Parisien

 
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