DU GRAND n’importe quoi ! A l’occasion de la Semaine de dialogue sur le médicament, qui a débuté hier, le constat des industriels pharmaceutiques et des pharmaciens est sans appel : nous utilisons mal nos médicaments. Un sondage réalisé pour les Entreprises du médicament (Leem), et dévoilé hier (1), montre que nous faisons beaucoup d’erreurs avec le contenu de notre armoire à pharmacie, au point de nous mettre régulièrement en danger.
« La mauvaise observance des traitements et le mésusage des médicaments sont un enjeu de santé publique en France dont il devient urgent de se préoccuper », alerte Christian Lajoux, le président de Leem qui lance une campagne d’information pour aider les gens à être plus attentifs. Sont prévus des débats partout en France et une brochure d’information diffusée cette semaine à un million d’exemplaires dans 23 000 pharmacies (2).
« Les hommes se penchent sur le mode d’emploi, les femmes sur les effets indésirables »
Non seulement nos remèdes ne sont pas rangés là où il faut (67 %), mais ils sont allègrement consommés périmés (17 %) et jetés sans plus de ménagement à la poubelle (35 %)… Pis : 39 % des patients ne lisent jamais les notices ! Jugées illisibles, confuses, trop détaillées ou trop techniques, elles restent la plupart du temps pliées au fond de leur boîte… quand elles ne sont pas carrément jetées.
Dans quelques mois, probablement en février-mars, des notices nouvelle formule vont remplacer ces modes d’emploi si peu lus. Les industriels ont en effet été sommés par l’Union européenne de les rendre plus facilement compréhensibles. Des tests de lisibilité auprès de panels de consommateurs potentiels sont désormais obligatoires (le décret français est sorti en mai) pour toute demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) d’un nouveau médicament, mais aussi les renouvellements, les nouvelles indications. Toutes les notices plus de 10 000 devront être revues dans les cinq ans à venir.
Une partie d’entre elles sont déjà en cours de révision… Karim Ibazatene, pharmacien et directeur de la société Lire une notice accessible (LNA), soumet actuellement leur contenu à des panels de consommateurs. « On leur demande d’abord de trouver l’information, puis d’être capables de la comprendre, raconte-t-il. Avec des questions très pratiques, on identifie toute source de complexité capable d’induire le futur patient en erreur. »
Les noms barbares, le noir et blanc rébarbatif, les caractères microscopiques, ou encore l’interminable liste des effets indésirables sont remplacés par des encadrés de couleur, des titres en gras… « Les patients, qui la lisent rarement en entier, doivent pouvoir facilement naviguer dedans pour y piocher ce qu’ils cherchent. Ce n’est jamais la même chose ! poursuit le spécialiste. Les hommes, par exemple, vont toujours directement au mode d’emploi, les femmes, elles, lisent tout et se concentrent particulièrement sur les effets indésirables. »
(1) Enquête Ifop réalisée en mai 2008 auprès de 958 Français âgés de 18 ans et plus.
(2) Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site Internet : www.le-medicament-parlons-en.com.
Le Parisien











